Actualité théâtrale

Jusqu’au 2 avril à l’Essaïon

« En ce temps-là, l’amour »

« En ce temps-là, l’amour était de chasser ses enfants ». C’est ce qu’a fait le narrateur, permettant ainsi à un de ses enfants de survivre à la Shoah. Des années après, il écrit à son petit-fils et commence à raconter. Dans le train qui l’emmenait à Auschwitz, parmi les corps qui s’entassaient et où la mort commençait son œuvre, une « voix normale » s’est élevée, celle d’un père demandant à son fils de douze ans s’il avait fait ses devoirs. Pendant les sept jours du voyage, ce père crée pour son fils une fiction de vie normale, celle où on fait ses devoirs, où on apprend les maths et où on se brosse les dents avant de se coucher. Il lui parle aussi de Shakespeare, de philosophie et de religion. Il lui chante du Mozart parce qu’ « on ne peut pas ne pas avoir entendu cela dans sa vie ». Il veut par sa parole lui faire vivre toute une vie, de l’adolescence à l’amour charnel, du mariage à la mort, car peut-être en ce temps-là, « l’amour était de mentir aux enfants ».

Théâtre : en ce temps-là, l'amour

Pierre-Yves Desmonceaux, vêtu d’un pardessus, seul sur la petite scène de pierre du Théâtre de l’Essaïon dit ce texte magnifique de Gilles Segal. Il est le narrateur qui décrit ce train où hommes et femmes, jeunes et vieux, croyants ou incroyants, socialistes parfois, se dissolvent dans la faiblesse et la mort. Il est surtout ce père qui incarne ce qu’il peut y avoir de plus beau dans l’homme et éveille un peu d’humanité au cœur de ce désastre. Il est ce père qui joue la comédie à son enfant mais aussi ce fils, de moins en moins dupe, qui s’efforce lui aussi de jouer son rôle. Le comédien donne le sentiment des jours qui défilent par un simple mouvement de la main et le « tchou, tchou, tchou » du train. Il y a dans ce texte de l’humour (« À l’aube du septième jour, les portes s’ouvrent sur Auschwitz, la sélection commence. Leur Dieu ne regardait même pas. C’était malheureusement son jour de repos »), de l’émotion et un amour de la vie qui marquent notre mémoire. Pierre-Yves Desmonceaux est magnifique.

Micheline Rousselet

Les lundis et mardi à 19h45

Essaïon

6 rue Pierre au Lard, 75004 Paris

Réservations : 01 42 78 46 42

L’acteur peut aussi être contacté pour jouer dans des établissements scolaires, ce qu’il a déjà fait dans des lycées de la région parisienne à l’adresse mail suivante : pydesmonceaux69@gmail.com

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Une des dernières soirées de carnaval »
    Goldoni écrit cette pièce alors qu’il s’est décidé à quitter Venise, sa ville qu’il aime tant et qui l’a tant inspiré. Il est lassé de la guerre d’usure que mènent ceux qui, à la suite du Comte Gozzi,... Lire la suite (11 novembre)
  • « Une bête ordinaire »
    Elle a sept ans et demi, des seins comme des clémentines et l’impression qu’une bête sauvage lui crève le ventre. Elle a fait du garage à vélo de l’école sa cabane et y invite des petits garçons à toucher... Lire la suite (8 novembre)
  • « Le présent qui déborde »
    Après Ithaque , Christiane Jatahy continue à voyager dans l’Odyssée pour y trouver ce que ce poème vieux de 3000 ans nous dit du monde où nous vivons. Nous avions été peu convaincus par Ithaque où... Lire la suite (7 novembre)
  • « Tigrane »
    Tigrane disparaît un jour. On ne retrouve sur la plage que son skate et une bombe de peinture. Dans notre pays où l’école ne réussit pas à assurer une véritable égalité des chances, Tigrane semblait mal... Lire la suite (6 novembre)
  • « Place »
    De Place , couronnée par le prix du jury et le prix des lycéens au festival Impatience 2018, Tamara Al Saadi, son auteur dit : « la pièce est née de la nécessité de parler de ce sentiment qu’éprouvent... Lire la suite (6 novembre)