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Un film de Erik Poppe (Norvège-Suède)

"En eaux troubles" Sortie en salles le 23 décembre

A sa sortie de prison, où il a purgé une longue peine pour un crime qu’il a toujours nié avoir commis, Jan Thomas, organiste virtuose, souhaite démarrer une nouvelle vie.
Il trouve un emploi à sa convenance dans une église d’Oslo. Grâce à ses qualités de musicien et à sa grande gentillesse, il emporte l’adhésion de ses supérieurs et le cœur de la Pasteure, Anna, à qui il tait son passé. Pourtant ce passé le rattrape le jour où Agnès venue visiter l’église avec sa classe, reconnaît en la personne de l’organiste, celui qui fut accusé du crime de son fils.

Il fallait un casting de haute volée pour donner à ce récit scabreux, plein de zones d’ombres, dans une Suède attachée à son église, une approche paisible. Il fallait le doigté dont fait preuve le réalisateur Erik Poppe pour raconter cette histoire basée, pour chacun des protagonistes sur le poids de son passé, sur les tentatives d’oubli et sur la difficulté d’accéder au pardon.
Pourquoi Jan Thomas a-t-il éprouvé la nécessité de jeter dans le courant de la rivière le corps inanimé de l’enfant mort à la suite d’une chute. La version des faits qu’il a toujours soutenue, l’accident survenu à la suite d’un concours de circonstances malheureuses, semble le plonger, avec sa nouvelle vie, dans une sérénité qui laisserait supposer qu’il a dit vrai.
Pour Agnès, la mère de l’enfant, la libération de Jan et sa présence dans la Paroisse relance sa terrible douleur. Elle et son mari ont adopté depuis, deux fillettes. Ils ont atteint une sorte d’équilibre dans leur couple et dans leur vie de famille mais le retour de celui qui fut condamné lui renvoie en plein cœur l’absence de son enfant, et rouvre une cicatrice mal refermée. Les doutes reviennent qui relancent la suspicion. Tout ce qui était enfoui refait surface. Le désarroi la gagne au point que la vengeance la tenaille et que toutes les éventualités, même les plus noires, apparaissent possibles.
"En eaux troubles" est un film d’atmosphère et de regards et le passé pour les deux personnages principaux revient à une sorte de ciel bas qui oppresse. La haine d’Agnès pour Jan est un appel et malgré le sentiment extrême qu’elle nourrit à son égard, on découvre, en filigrane, une connivence souterraine, totalement enfouie aux origines mystérieuses. Les deux sachant sans doute confusément que la rédemption ne pourra jamais venir que de l’autre.
Trine Dyholm qui joue le personnage d’Agnès est une magistrale comédienne. Elle donne avec une grande sobriété de jeu, une gamme à la fois infinie et réduite d’expressions et crée, sans le moindre effet, un personnage fragile et terriblement monolithique.
Pâl Sverre Valheim Hagen qui joue Jan Thomas donne à son personnage lisse une rugosité diabolique.
Francis Dubois

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