Actualité théâtrale

Jusqu’au 28 septembre au Théâtre de l’Aquarium, en tournée ensuite

« End/igné »

Présenté dans le cadre d’une semaine « Dramaturgie algérienne, paroles d’aujourd’hui », End/igné , la pièce de Mustapha Benfodil, nous introduit dans l’univers de Moussa, employé à la morgue de Balbala. Á la demande de son ami Aziz, un blogueur militant, il fait sur un dictaphone une autopsie de Balbala et de tout ce qui ne va pas en Algérie, un portrait plein d’ironie, jusqu’au jour où on lui amène le cadavre de son ami qui, à l’issue de son procès, vient de s’immoler par le feu.

L’identité et la situation de l’Algérie irriguent le texte : désespérance des jeunes diplômés, voués au chômage ou au mieux aux emplois déqualifiés, dépendance par rapport au pétrole où les compagnies étrangères exigent un passeport pour offrir un emploi, poids d’une religion à côté de la plaque (Vous me prédisez l’enfer, mais là on est où ? C’est ici qu’habite l’Apocalypse »), rôle des blogueurs, révolte contre la résignation des pères et enfin volonté de cesser d’attendre et de devenir maître de son destin.

Il faut dire que Mustapha Benfodil est journaliste à "El Watan" le grand quotidien algérien. Il a enquêté sur des immolations par le feu qui avaient commencé en Algérie avant celle de Tunisie et cela a nourri son texte. Il dit d’ailleurs : « Je reste convaincu que le théâtre a aussi pour boulot de dire le monde. » Mais il est aussi romancier, auteur dramatique et son texte n’est pas qu’un pamphlet. On y trouve la tchatche algérienne, de l’humour, le sens de la dérision (« Si ça se trouve, je suis mort depuis longtemps, mais mon corps ne le sait pas »), de la poésie et des formules qui font mouche : « Je ne suis plus dans le temps folklorique, je suis dans le temps politique, je vous laisse à vos antiquités » ou encore « J’ai allumé mon corps pour le regarder vivre ».

Mis en scène par Kheireddine Lardjam, qui a commandé le texte à l’auteur, Azeddine Benamara est Moussa avant de devenir Aziz. Dans ce décor de morgue aux tiroirs métalliques renfermant les cadavres qu’il ouvre de temps à autre pour avoir un peu de fraîcheur, la clim’ étant en panne, il impose sa présence massive. Capable de nous faire partager la révolte de Moussa et d’Aziz, contre la violence qui leur est faite, il sait aussi en révéler la fragilité émouvante. On passe du rire à l’émotion et à la révolte. Il est magnifique !

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 15h et 19h

Théâtre de l’Aquarium

La Cartoucherie, Route du Champ-de-Manœuvre

75012 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 74 99 61

En tournée ensuite : 9 et 10 octobre au Théâtre Jean Vilar à Montpellier, du 12 au 14 novembre à Grenoble, le 2 décembre à Poligny (Jura), du 8 au 10 décembre à la Comédie de Saint Etienne, le 29 janvier à Torcy (71).

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