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Un film de Denis Villeneuve (Canada-Espagne)

"Enemy" Sortie en salles le 27 août 2014.

Adam enseigne à l’Université. Il partage en partie sa vie avec sa fiancée Mary. C’est un homme sans grande personnalité qui se laisse porter par les menus événements qui ponctuent ses journées.

Son existence est paisible jusqu’au jour où, visionnant un film, il se découvre un sosie parfait en la personne d’Anthony, un acteur de second ordre. Dès lors, il ne peut se défaire d’un trouble et ne va connaître aucun répit. Adam se met à imaginer des scénarios plus stupéfiants les uns que les autres pour lui, son propre couple et la jeune compagne enceinte d’Anthony.

Le film de Denis Villeneuve est l’adaptation d’un roman de José Saramago, Prix Nobel de littérature, "The double" (L’homme dupliqué) publié en 2002.

On pourra reprocher à Denis Villeneuve d’avoir réalisé une œuvre un peu "glacée" proche de l’exercice de style, dans un cheminement narratif quasi kafkaïen.
On pourra tout autant, et pour les mêmes raisons, trouver à son film les qualités d’une œuvre magnifiquement maîtrisée avec une photographie et un cadrage très travaillés, tout au service d’un récit troublant, épousant les lignes complexes d’un labyrinthe.


Le sujet du sosie est ici traité avec une grande maîtrise et beaucoup de précision, les deux personnages ne différant à première vue nullement l’un de l’autre.
Ils apparaissent tout deux barbus et la façon dont sont peignés leurs cheveux est à l’identique. La différence, même si elle est à peine perceptible est dans la gestuelle, la force d’un regard, mais jamais appuyée.
Un échange téléphonique puis un face à face vont entraîner Adam dans une spirale infernale qui finira par coûter sa vie à l’un des deux.
L’acharnement aveugle avec lequel il agit va le conduire à la perte de ses repères habituels.

La réussite du film tient au parti-pris de mise en scène mais elle doit beaucoup à l’interprétation magnifique du comédien Jake Gyllenhaal qui conduit les deux personnages qu’il a en charge avec un jeu au scalpel tout en nuances, dans les limites d’une grande sobriété.
Un réalisme et un imaginaire habilement mêlés laissent au spectateur une marge d’interprétation et des voies narratives ouvertes.

Francis Dubois.

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