Actualité théâtrale

À partir du 24 janvier au Petit Montparnasse

« Ensemble » Réduc’Snes

Isabella vit avec son fils Miquélé, un jeune homme simple d’esprit, gentil mais imprévisible, avec lequel elle a un lien fusionnel. Avec lui elle mène une vie simple, ponctuée par les courses, le linge à ranger, les mots croisés, la confection du café. Leur quotidien se trouve bousculé par l’arrivée de Sandra, la sœur de Miquélé, partie brusquement dix ans auparavant et qui n’a plus donné de nouvelles depuis. Elle revient parce qu’elle va se marier. Elle veut dire des choses à sa mère mais il y a entre elles tant d’incompréhensions, de ressentiment, de colère et surtout il y a Miquélé.

Théâtre : Ensemble

Le jeune auteur Fabio Marra souhaitait dans cette pièce, qui a eu un franc succès dans le Off d’Avignon cette année, parler du lien familial, du besoin que nous avons de faire des choses ensemble et des difficultés qu’il y a parfois à les faire. Sans pathos ni lourdeur sa pièce nous interroge sur un certain nombre de questions. Que sommes-nous prêts à sacrifier par amour ? Qu’est-ce qu’être normal ? Miquélé ne l’est pas, il est malade selon Sandra, ce que refuse d’admettre sa mère. Mais s’il est vrai qu’il a un comportement d’enfant, il est gentil et a le souci des autres. Et puis où s’arrête la normalité ? Sandra l’est-elle quand elle voudrait effacer de sa vie ce frère dont elle a honte ?

Fabio Marra a réussi à s’entourer d’une distribution remarquable. Il faut d’abord souligner sa performance dans l’incarnation de Miquélé, cet homme resté un enfant. Il a les gestes, les mimiques, les crispations du visage d’un handicapé. Il agace, fait rire parfois mais il nous touche aussi. Catherine Arditi est parfaite en mère énergique, qui s’est cantonnée aux tâches domestiques pour se consacrer entièrement à son fils et excuse tout quand il s’agit de le protéger. Mais elle a aussi toute la complexité du personnage, autoritaire, entêtée et cuirassée dans une apparente froideur vis-à-vis de sa fille. Sonia Palau est Sandra, qui tente de résister à l’amour envahissant de sa mère pour Miquélé. Elle bascule avec finesse de la colère à la fragilité, de la rancœur à la douleur, du rejet à l’acceptation. Floriane Vincent apporte à la pièce la touche de drôlerie, de naïveté et de fraîcheur qui permet un subtil équilibre entre gravité et émotion.

Il est rare que le théâtre aborde la question du handicap et des conséquences que la situation a sur la famille du handicapé. Fabio Marra l’a osé et grâce à une distribution remarquable, il réussit une pièce qui a la complexité de la vie avec de la douleur, du rire et de l’émotion.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 15h

Petit Montparnasse

31 rue de la Gaîté, 75014Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 22 77 74

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Providence »
    Lorsque les tours jumelles se sont effondrées le 11 septembre 2001 à New-York, il y a eu des milliers de morts, mais aussi plusieurs dizaines de disparus dont on n’a jamais retrouvé nulle trace. On... Lire la suite (13 avril)
  • « Suzanne »
    Paul se marie avec Louise, sous le bruit de la canonnade, à la veille de partir à la guerre en 1914. En 1915 il déserte, revient chez lui et, avec l’aide de Louise, se travestit en femme pour... Lire la suite (11 avril)
  • « Qui suis-je ? »
    Vincent est en Troisième. Il a quatorze ans et demi, se trouve un physique d’endive, est intelligent et bon élève, mais nul en sport, ce qui lui vaut les sarcasmes du prof de gym et des autres... Lire la suite (8 avril)
  • « Madame Marguerite »
    Curieuse institutrice que cette Madame Marguerite, qui insiste sur son nom, l’écrit au tableau tout comme un certain nombre de sentences sur la vie, la mort, le sexe pour qu’elles s’inscrivent dans... Lire la suite (6 avril)
  • « Tous mes rêves partent de Gare d’Austerlitz »
    Dans une Maison d’arrêt de femmes, des prisonnières se retrouvent à la bibliothèque. Elles y évoquent leur quotidien, leur travail, leurs amours, leur enfance ou leurs rêves. Le soir de Noël elles ont... Lire la suite (4 avril)