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Un film de Jeon Soo-il (Corée)

"Entre chien et loup" Sortie en salles le 7 décembre 2011

Kim est un cinéaste indépendant poursuivi par les créanciers et banquiers à qui il a emprunté de l’argent pour réaliser des films.
Un jour, son cousin dont les parents avaient été séparés pendant la guerre de Corée, lui fait part de son projet d’organiser des retrouvailles familiales en Chine. Il-Kyu souhaite que Kim se joigne à eux à cette occasion, ne fut-ce que pour y accompagner sa mère. Mais alors qu’ il se rend dans son village natal, laissant derrière lui son désordre financier, il croise une jeune femme pour laquelle il éprouve une attirance immédiate et irrésistible.
Il perd sa trace, la retrouve par hasard dans un hôtel et finit par la suivre quand elle prend le chemin des montagnes…
Tout comme le personnage de Kim dans son récit, Jeon Soo-il est un cinéaste à part, et même s’il fait partie de la génération des réalisateurs coréens dont les films occupent les écrans en Europe depuis quelques années, il se démarque sensiblement du cinéma de Lee Changdong, Bong Joon-Ho ou Park Chan-Wook.

Certains diront que dans le film de Jeon Soo-il, il ne se passe rien. Il ne se passe rien et c’est tant mieux. Car ce qui ne se passe pas, ou, pour être plus précis, ce qui n’est pas montré de façon insistante à l’écran, est absolument passionnant, ne laisse pas une minute de répit et peut, à sa façon rivaliser en efficacité, avec toutes sortes de suspens haletants….
Car, sans les aborder de façon frontale, les thèmes qu’il aborde et les motifs de son cinéma se lisent entre les lignes : l’exil, la mobilité de ses personnages, la réalité d’un pays qui vit entre chien et loup, entre Nord et Sud, le malaise existentiel plutôt que psychologique des êtres pris dans un contexte incertain, le travail sur l’autobiographie, la difficulté de l’amour à rapprocher les êtres épris de solitude, l’enfance perçue à la fois comme un paradis perdu mais aussi comme un boulet qui empêche d’avancer.
Passionné par le cinéma d’Alain Resnais, par le travail de Godard, Truffaut ou Bresson, Jeon Soo-il est surtout fasciné par Tarkovski à qui a il a consacré son mémoire.
Ici, peu d’explications sont fournies sur les personnages et Jeon Soo-il ne justifie pas nécessairement une action donnant à la fois une totale liberté aux protagonistes de son histoire et une plus grande marge d’imagination au spectateur. Seule la ligne profonde et l’essence du personnage sont sa préoccupation et le chemin emprunté ici par Kim peut être sa trajectoire réelle ou morale.
Peu de gros plans permet d’observer les personnages dans leur espace, dans leur détermination ou dans leurs hésitations, dans leur errance et leur rapport à la nature.
Le réalisateur ne cache pas que "Entre chien et loup" repose sur sa propre quête d’identité, que le projet du film est né d’une expérience vécue : l’impossibilité pour lui de retrouver la maison où il est né près de la frontière pour la seule raison que, vingt ans après, l’ habitation où il avait vu le jour, avait disparu.
Francis Dubois

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