Actualité théâtrale

Jusqu’au 26 mars au Lucernaire

" Entre ciel et chair "

Adapté du roman de Christiane Singer, la pièce nous conte l’histoire de deux amants mythiques, Héloïse et Abélard. Seule dans sa cellule, dans la pénombre, l’abbesse Héloïse se retourne sur son passé. Elle se revoit jeune fille, curieuse de tout intellectuellement et ouverte à toutes les découvertes. Son apprentissage passera par la rencontre avec Abélard que son oncle lui donne comme professeur et maître spirituel. Pour elle connaissance, sensualité et spiritualité vont être intrinsèquement liées. Elle dit : « Je n’ai rien appris sans que tous mes sens soient mis en éveil » ou encore « La voie du divin est passée pour moi par les entrailles ». En elle tout est taillé dans la même étoffe où les sens nourrissent l’intelligence, où la passion charnelle nourrit l’aspiration mystique. Le point de vue adopté est un point de vue féminin. Pour Héloïse, l’amour est la voie vers la liberté et la plénitude. Elle aime jusqu’au bout, est prête à sacrifier à cet amour les convenances sociales et à souffrir. Abélard paiera dans sa chair cet amour mais sacrifiera Héloïse à sa position sociale d’intellectuel et d’abbé. Au soir de sa vie, Héloïse devenue abbesse, n’a pas abdiqué sa passion mais a su la transcender et acquérir une certaine sagesse. « L’amour, pourquoi gémir de l’avoir perdu plutôt que se réjouir de l’avoir eu ».

Ce très beau texte qui dit si bien la passion charnelle et mystique, est mis en valeur par la mise en scène simple et épurée de Clara Ballatore. Les jeux de lumière de Franck Vidal contribuent à l’évocation des lieux, des saisons et accompagnent les séismes de la passion amoureuse et les épreuves terribles que connaît Héloïse. Christelle Willemez, grande, vêtue d’une longue robe de toile bis, nous donne une Héloïse lumineuse, passionnée, mystique. La pureté de sa diction souligne la beauté du texte. Le dialogue intérieur d’Héloïse trouve un écho dans la musique, la contrebasse de Michel Thouseau ou le violoncelle de Birgit Yew, qui l’accompagnent dans la pénombre. Un spectacle sobre, simple et brûlant de sensualité.
Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 18h30
Le Lucernaire
53 rue Notre Dame des Champs, 75006 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 57 34
www.lucernaire.fr

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Une des dernières soirées de carnaval »
    Goldoni écrit cette pièce alors qu’il s’est décidé à quitter Venise, sa ville qu’il aime tant et qui l’a tant inspiré. Il est lassé de la guerre d’usure que mènent ceux qui, à la suite du Comte Gozzi,... Lire la suite (11 novembre)
  • « Une bête ordinaire »
    Elle a sept ans et demi, des seins comme des clémentines et l’impression qu’une bête sauvage lui crève le ventre. Elle a fait du garage à vélo de l’école sa cabane et y invite des petits garçons à toucher... Lire la suite (8 novembre)
  • « Le présent qui déborde »
    Après Ithaque , Christiane Jatahy continue à voyager dans l’Odyssée pour y trouver ce que ce poème vieux de 3000 ans nous dit du monde où nous vivons. Nous avions été peu convaincus par Ithaque où... Lire la suite (7 novembre)
  • « Tigrane »
    Tigrane disparaît un jour. On ne retrouve sur la plage que son skate et une bombe de peinture. Dans notre pays où l’école ne réussit pas à assurer une véritable égalité des chances, Tigrane semblait mal... Lire la suite (6 novembre)
  • « Place »
    De Place , couronnée par le prix du jury et le prix des lycéens au festival Impatience 2018, Tamara Al Saadi, son auteur dit : « la pièce est née de la nécessité de parler de ce sentiment qu’éprouvent... Lire la suite (6 novembre)