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au Festival de Clermont-Ferrand 2010

Entretien avec Liliane Rovère comédienne réalisatrice de "Modus Vivendi"

Entretien avec Liliane Rovère, comédienne réalisatrice de "Modus Vivendi" présenté dans la compétition nationale au Festival de Clermont-Ferrand 2010.

J’ai voulu savoir pourquoi Liliane Rovère, comédienne chevronnée de théâtre, de cinéma, de télévision, qui a accompagné des cinéastes comme Tavernier, Bertrand Blier, Michel Deville ou Fred Zinnemann et qui a fait ces dernières années un retour en force dans des réalisations de jeunes metteurs en scène comme Eric Guirado, Dominic Moll, Julie Lopes-Curval, Lucas Belvaux, et surtout Emmanuel Finkiel qui lui confia le magnifique personnage de Régine dans "Voyages" avait été amenée à réaliser un court métrage. Etait-ce pour couronner une carrière de cinquante ans ou bien est-ce le hasard qui lui a offert cette opportunité ? J’ai posé la question.

US Magazine : Pourquoi, là, maintenant, la réalisation d’un court métrage ?
Liliane Rovère : Ce n’est ni le hasard ni le souci d’apporter une pièce de plus à ma carrière. J’avais écrit un scénario mais je n’avais pas du tout prévu que je le tournerais. On m’a suggéré de le réaliser moi-même parce que c’était un sujet singulier mais je ne me sentais pas prête à ça et n’étant pas prête, le risque était de réaliser un film moyen, voire médiocre, un film de plus, quoi. Et puis on m’y a poussée très longtemps et très fortement. L’idée a fait son chemin et un jour, je me suis dit, si je me plante tant pis… Mais ce n’était pas tout de le vouloir. Il fallait trouver de l’argent et les gens qui donnent l’argent étaient arrêtés par le sujet qu’ils trouvaient trop sombre… Le scénario a plu aux professionnels et c’est comme ça que j’ai pu réunir une équipe de talent, sans laquelle je ne me serais pas aventurée.
US : En deux mots, le sujet ?
L.R. Il s’agit d’un couple, un homme et une femme qui ont partagé une vie déjà longue. Entre eux, un fantasme qui s’installe en un jeu de rôles pervers où la femme, amoureuse, consentante même, est humiliée. Engluée comme une mouche dans du miel, à l’instar de nombreux couples accrochés à leur problème, elle n’a pas su quitter sa souffrance. Et lorsqu’elle le fait, sur une impulsion, elle le fait de la pire des façons, pour lui et pour elle-même.
US : Il faut ajouter, que votre mise en scène est d’une rigueur, d’une exigence et que vous parvenez à une œuvre parfaitement aboutie mais austère.
Peu de dialogues, sauf au début. Un décor un peu glacé…
LR  : Mon objectif, c’était de réaliser un film qui montre sans démontrer. Qui raconte le scénario et donne des pistes sans discours et explications…une narration au moyen d’un langage cinématographique. Et puis, TS productions a accepté de rentrer dans l’aventure. Mon sujet ne correspondait pas trop aux sujets qu’ils avaient l’habitude de soutenir. Mais ils ont accepté. Ma productrice Miléna Poylo a suivi fidèlement tout le déroulement du processus et la Région Champagne Ardennes a accepté de mettre un peu d’argent. Le film s’est tourné à Reims et le tournage a duré 6 jours.
US  : L’aventure était sur le rail.
LR : Et ça a été le miracle. J’ai eu une équipe splendide, une ambiance géniale, les comédiens auxquels je tenais : Josiane Stoléru et Bernard Le Coq. Je n’avais jamais imaginé que la post-production d’un film pouvait tant apporter au résultat ! Le montage, image et son, le mixage, l’étalonnage, m’ont procuré un bonheur insoupçonné… N’oubliez pas que je suis une débutante dans la réalisation, tout a été une découverte.
US : On a l’impression que vous avez accepté très peu de compromis.
LR : Quelquefois les contingences, les impasses, le temps qui manque, suscitent des solutions. J’ai l’impression que, concernant "Modus Vivendi", en renonçant par nécessité, à des parties du scénario, belles pourtant, d’une part je ne perdais rien en force ou en signification, et d’autre part, je gagnais en rythme.
US : Et maintenant , vous avez envie de réaliser un autre film ?
LR : Je ne sais pas encore. J’ai plusieurs choses en tête. Trois. Un sujet qui pourrait donner lieu à un film de moyenne durée et un autre de long. Un autre également. Mais je suis, par rapport à ces perspectives, dans le même questionnement que celui où je me trouvais à propos de "Modus Vivendi" au début. Si l’écriture se développe et aboutit à un ou des objets satisfaisants, on verra. Mais je ne sais pas encore si je les proposerai à d’autres ou si j’engagerai les démarches pour réaliser moi-même.
Propos recueillis par Francis Dubois

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