Actualité théâtrale

Jusqu’au 24 novembre au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis

« Erik Satie, mémoires d’un amnésique »

Quand on pense à Erik Satie, on entend ces morceaux aux titres étranges, Gnossiennes, Gymnopédies, « Trois petits morceaux en forme de poire » On pense aussi à ce curieux Monsieur qui passa de la « musique à genoux » au Caf’Conc’ et troqua ses sept complets de velours identiques, portés sept ans de suite, pour un costume noir de notaire et un chapeau melon, sans oublier ses légendaires parapluies.

Agathe Mélinand a écrit et réalisé ce « petit opéra comique sans lyrics » tendre et poétique, comme un hommage à ce personnage hors norme, parti d’Honfleur, où la ville a d’ailleurs aménagé avec humour sa maison, et mort à Arcueil dans un taudis encombré de son piano, de ses parapluies et de ses innombrables manuscrits. Il fut l’ami de Debussy, travailla avec Cocteau, Picasso et Picabia, fut le bref amant de Suzanne Valadon. Il adhéra à la SFIO puis au Parti Communiste et s’occupa à Arcueil des loisirs des enfants défavorisés les emmenant en promenade avec ses éternels parapluies et leur donnant des cours de solfège. Mais surtout il écrivit, de la musique bien sûr, mais aussi des chroniques et des aphorismes désopilants, du genre « si vous voulez vivre longtemps, vivez vieux » !
Théâtre : "Eric Satie"
Dans ce spectacle délicieux tout est d’Erik Satie, les mots et la musique. Il y a un joyeux désordre comme dans sa vie, de la couleur comme dans sa musique. Au début les spectateurs sont dans le noir, la scène aussi et comédiens et pianistes s’avancent, nous éblouissant de leurs lampes de poche. Quatre comédiens, deux hommes et deux femmes, vont vers leurs chaises et les deux pianistes vers leur piano. Leurs déplacements sont chorégraphiés avec beaucoup de précision. Peu à peu l’univers poétique et loufoque d’Erik Satie est crée, par sa musique et aussi par ses aphorismes dont on ne se lasse pas « N’entrez pas dans une maison qui n’emploie pas de la musique d’ameublement. Ne vous endormez pas sans entendre un morceau de musique d’ameublement ou vous dormirez mal ! ». La mise en scène utilise avec finesse des vidéos très graphiques et très colorées. Il y a des pupitres, des parapluies et des petits bateaux, il y a la musique de Satie, le bruit de la mer et celui des automobiles. Il ne s’agit pas de raconter la vie de Satie, mais tout y renvoie, les petits bateaux, la grosse poire qui descend des cintres, le grand rideau peint par Picasso pour Parade , dont il écrivit la musique.

Ce spectacle est une association musique et théâtre, ce que souhaitait promouvoir Jean Bellorini, le nouveau directeur du théâtre Gérard Philipe, très réussie. C’est intelligent, précis, léger, drôle, poétique et les interprètes se coulent à la perfection dans la musique et dans les mots. Et quand on entend à la fin « Il n’y a pas de vérité en art. Soutenir le contraire est un mensonge … et ce n’est pas beau de mentir », on a envie de rester encore là à les écouter.

Micheline Rousselet

Du lundi au samedi à 20h30, le dimanche à 15h30, relâche les mardis et mercredis

Théâtre Gérard Philipe

59 Bld Jules Guesde, 93200 Saint Denis

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 13 70 00

www.theatregerardphilipe.com

Du 2 au 20 décembre au Théâtre national de Toulouse et le 10 janvier au Théâtre Olympe de Gouges à Montauban

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Fanny et Alexandre »
    Les spectateurs finissent de s’installer dans la salle Richelieu et Denis Podalydès s’avance au bord du plateau, vêtu d’un long manteau de scène, pour leur rappeler d’éteindre leurs téléphones... Lire la suite (18 février)
  • « La conférence des oiseaux »
    Il y a quarante ans Jean-Claude Carrière adaptait pour Peter Brook l’un des plus célèbres contes soufi du Persan Farid Uddin Attar (1142-1220). La conférence des oiseaux raconte comment, encouragés... Lire la suite (14 février)
  • « Premier amour »
    Sami Frey reprend cette nouvelle de Samuel Beckett, écrite en 1946, qu’il avait créée il y a dix ans. On y trouve déjà l’image de ces clochards célestes que seront, dans En attendant Godot , Vladimir et... Lire la suite (7 février)
  • « Chance »
    Au secrétariat de ce cabinet d’avocats frappadingue, on ne travaille pas beaucoup, mais on chante et on danse. La secrétaire, rousse et bouclée, est très salsa, l’assistant écrit des plaidoiries en mi... Lire la suite (7 février)
  • « La Dama Boba » ou celle qu’on trouvait idiote
    Au tournant du XVIème et du XVIIème siècle, l’Angleterre avait Shakespeare et l’Espagne Lope de Vega. Son œuvre est aussi foisonnante et complexe que le fut sa vie emplie de conquêtes amoureuses. C’est... Lire la suite (5 février)