Actualité théâtrale

Jusqu’au 1er mars au Petit Montparnasse

« Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty »

Qui n’a été séduit par la beauté, la gouaille, l’irrésistible sens de la répartie d’Arletty ?

Élodie Menant et Éric Bu l’ont été et ont conçu ce spectacle consacré à sa vie. De son enfance, Léonie (devenue ensuite Arlette, moins populaire, puis Arletty pour le côté anglais plus chic !) garde le souvenir d’un père, prolo un peu anarchiste qui l’appelle « mon p’tit gars » et lui enseigne le goût de la liberté, et d’une mère, un peu antisémite et catholique, qui lui répète que les rêves et l’amour « sont des trucs de riche ». Ouvrière, elle ne le restera pas longtemps, deviendra mannequin chez Poiret, femme entretenue mais passionnément libre. Repérée car pas commune, avec son accent de titi parisien, son sens de la répartie, elle séduit. Actrice de théâtre puis de cinéma elle fréquente les célébrités, Colette, Cocteau, sera l’amie de Michel Simon, collectionne les amants et enchaîne les succès. Prévert lui tricote des dialogues faits pour elle et qui restent dans les mémoires. Libre, au point de fermer les yeux pendant l’occupation, de fréquenter Laval et de devenir amoureuse d’un officier nazi. Mais au tribunal elle gardera encore la vedette avec ses réparties « Mon cœur est français mais mon cul est international » ou encore « Si vous vouliez pas que je couche avec les Allemands, fallait pas les laisser entrer ». Elle avait fermé les yeux par commodité, mais la cécité l’a gagné pour de vrai puisqu’elle a été aveugle les trente dernières années de sa vie.

Théâtre : Est-ce que j'ai une gueule d'Arletty

Le biopic musical et dansant qu’ont écrit Élodie Menant et Éric Bu avance à toute vitesse, de la gloire aux zones d’ombre. Élodie Menant incarne Arletty, réussit à prendre son accent gouailleur sans le caricaturer, confondante de naturel. Elle danse, chante, change de tenue en un éclair, quitte la tenue d’ouvrière pour le long manteau de Poiret puis les robes courtes et virevoltantes des années trente. À ses côtés, trois comédiens se partagent une trentaine de rôles et un pianiste les accompagne. En duos ou en solo les chansons épousent le temps qui passe, de Comme de bien entendu à Couché dans le foin, on passe du music-hall et du charleston aux répliques les plus célèbres du cinéma.

Celle qui filait d’un amant à l’autre, qui voulait bien prendre le bras des hommes mais pas leur donner sa main, cette femme si libre, si vivante, emplie d’un talent qui lui permettait de séduire tout le monde, revit ici dans toute sa complexité.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 15h

Petit Montparnasse

31 rue de la Gaîté, 75014 Paris

Réservations : 01 43 22 77 74

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