Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Léa Rinaldi (France)

"Esto es lo que hay" (Chronique d’une poésie cubaine) Sortie en salles le 2 septembre 2015.

Le groupe de hip-hop "Los Aldeanos" est parmi les plus populaires et les plus contestataires de Cuba.

Après avoir suivi le trio pendant six années et tourné avec eux dans la clandestinité, la réalisatrice (et productrice) Léa Rinaldi dresse au final la chronique intime d’une nouvelle révolution artistique de l’île, à l’heure de la transition du régime castriste.

" Esto es lo que hay " est une expression typiquement latino-américaine qui signifie "Voilà ce qu’il y a" ou "On fait avec ce qu’on a".

Le titre a été choisi par Léa Rinaldi pour annoncer un état des lieux et comme le mise en abyme de la manière dont "Los Aldeanos" créent et composent avec une réalité difficile à tous points de vue.

Lorsque la réalisatrice apprend que le groupe le plus emblématique de la nouvelle génération cubaine est censuré par les médias officiels du pays, qu’ils ne peuvent jouer dans aucun lieu officiel et qu’en dépit des invitations qu’ils reçoivent pour se produire sur de nombreuses scènes étrangères, tout visa de sortie leur est systématiquement refusé, elle décide de les suivre dans leur travail et dans le combat qu’ils mènent non pas contre Castro mais pour le peuple.

Censurés et enfermés dans leur propre pays, Los Aldeanos écrivent frénétiquement et couchent sur papier ce qu’ils observent dans la rue.

Ils chantent les difficultés du quotidien de millions de cubains qui doivent faire face à la pénurie alimentaire, à la faiblesse des salaires et à la dépression économique liée à la chute de l’Union soviétique, alliée de Cuba, et à la "période spéciale" qui a transformé très sensiblement et durablement la société et les modes de vie.
Cinéma : Esto es lo que hay
Le film a été tourné entre 2009 et 2015, période de grande expansion de l’accès à internet, le moyen idéal pour le groupe de déjouer la censure.

Grâce à la vulgarisation des nouvelles technologies, leurs vidéos ont pu circuler pour atteindre un nombre incalculable de passages en ligne.

Internet a été longtemps avec le marché noir, leur unique mode de diffusion.

Mais l’impact grandissant auprès du public et la persévérance du groupe ont finalement conduit les autorités à lâcher du lest, à leur permettre de se produire dans le pays et à l’étranger où ils ont rencontré, à chacun de leur passage, un immense succès.

Ce sont finalement des héros qui apparaissent face à la caméra de Léa Rinaldi lors de leur tournée internationale qui débute au festival Serbe exit qui accueille chaque année des groupe provenant des quatre coins du globe.

De la Serbie à Miami, beaucoup de choses désormais changent pour Los Aldeanos et le film qui, au cours de la période sombre du groupe, s’appliquait à témoigner de la grande détermination des musiciens, de l’inébranlable optimisme dont chacun faisait preuve contre vents et marées, permet de savourer son accès enfin à une notoriété internationale.

"Esto es lo que hay", tel que l’a réalisé Léa Rinaldi dépasse largement le domaine du hip hop et devient très vite le récit universel d’un combat mené hors de toute agressivité, avec la patience (et l’impatience) des sages même si l’attitude du régime castriste pouvait se prêter à la contestation virulente.

Un très beau film, généreux, exigeant et…libre.

Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « Au bout du monde »
    Yoko, une très jeune femme, est reporter pour une émission de télévision très populaire au Japon. Ses recherches, en vue de prochaines tournages, l’amènent en Ouzbekistan où elle ne trouve pas de... Lire la suite (19 octobre)
  • « La bonne réputation »
    Sofia appartient à la haute bourgeoisie locale. En ce début des années 80, elle mène une vie de luxe et d’oisiveté et ne se préoccupe que de futilités. Les échanges superficiels avec ses amies tout aussi... Lire la suite (15 octobre)
  • « L’angle mort »
    Bébé déjà, Dominick disparaissait mystérieusement de la vue de ses proches. Adulte, le pouvoir de se rendre invisible existe toujours mais il ne s’en sert pas beaucoup. Pire, il a fait de son pouvoir... Lire la suite (14 octobre)
  • « Warrior women »
    « Warrior women » dresse le portrait d’une grande dame des luttes indiennes-américaines, Madonna Thunder Hawk. Le film retrace sa vie de militante, de son éveil politique à la fin des années soixante... Lire la suite (13 octobre)
  • « Martin Eden »
    Martin Eden, un jeune marin voué à ne jamais quitter le milieu prolétaire qui est le sien va, grâce à sa nature curieuse et ambitieuse et au bénéfice de rencontres favorables, voir se dessiner une... Lire la suite (13 octobre)