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Un film de Marcos Jorge (Brésil)

"Estomago" Sortie en salles le 12 mai 2010

Raimundo Nonato débarque en ville sans un sou en poche et sans projet précis. Pour payer le maigre repas qu’il prend au comptoir de la gargote où il est entré, il doit faire la vaisselle et récurer la cuisine. Le patron lui propose alors de passer la nuit dans l’arrière-cuisine et c’est le point de départ de l’aventure citadine de cet homme, jovial, moitié naïf, moitié malin. En apprenant à faire les meilleurs "Coxinhas" du quartier, il relance un restaurant qui végétait, acquiert une notoriété locale, séduit Iria, une prostituée gourmande et se fait repérer par le patron d’un grand restaurant italien de la ville…
L’écrivain Lusa Silvestre avait donné à lire à Marcos Jorge, trois nouvelles qu’il avait écrites autour du thème de l’alimentation. L’une retint plus particulièrement son attention. Elle racontait comment, en prison, un pauvre benêt qui présentait toutes les caractéristiques de la victime, avait réussi à se faire respecter par ses co-détenus en devenant leur cuisinier. Le sujet étant insuffisant pour justifier un long métrage, le réalisateur et l’écrivain ont eu l’idée de compléter le sujet avec l’histoire de Nonato avant son incarcération.
Les deux récits s’imbriquent de telle sorte qu’il est difficile de savoir, de la période carcérale ou de celle de l’ascension sociale, laquelle a précédé l’autre.
Les séquences des deux histoires se succèdent faisant cohabiter des univers totalement différents mais habités par un personnage candide, toujours égal à lui même et montrant toujours la même jovialité, quelles que soient les circonstances.
Le film de Marcos Jorge repose d’un bout à l’autre sur le personnage de Nonato et sur l’ambiguïté qui s’en dégage. Sa transparence est d’une telle évidence qu’on vient à en douter, à se demander si ce prétendu naïf n’a pas dès son arrivée en ville bâti des projets avec la ferme intention que rien ne l’en détournerait, si sa sournoise détermination n’était pas dans le dosage de la flatterie à l’égard les puissants pour mieux les écarter de son chemin et mieux avancer. Si on s’en tient à cette option, la seule faiblesse du jeune homme, le seul moment où il se sera conduit en vrai naïf auront été d’avoir cru à l’authenticité de l’amour d’Iria, prostituée généreuse et à propos de qui il aura confondu l’immense gourmandise avec la passion amoureuse.
Le charme du film est à la fois dans sa bonne humeur, dans la galerie de personnages savoureux dont les débordements évitent cependant l’excès et la caricature et dans le tracé sans précaution de l’univers carcéral . Il émane du personnage de Nonato tout ce que l’être humain porte en soi à la fois de généreux et de redoutable.
Francis Dubois

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