Actualité théâtrale

Jusqu’au 15 février au Théâtre de la Commune à Aubervilliers

« Et balancez mes cendres sur Mickey »

Les pièces de Rodrigo Garcia ne laissent pas indifférent. Il bouleverse certains et en agace profondément d’autres. Il n’est donc pas étonnant que la nouvelle directrice du Théâtre de la Commune, Marie-José Malis, qui est un peu dans la même position, ait fait appel à lui. Comme lui, elle veut s’adresser aux jeunes et les bousculer en dénonçant les conséquences de la société de consommation et la marchandisation des rapports humains.

Théâtre : Et balancer mes cendres sur Mickey

Ce que nous montre ici Rodrigo Garcia n’est pas très agréable : une société où l’on consomme non par besoin, mais pour exister, où l’on fréquente les boutiques pour échapper à la solitude, où « une forêt est mille fois moins attrayante qu’Eurodysney … où les lampes qui changent de couleur sont beaucoup plus attrayantes que les étoiles » et où la nature devient parc de loisirs, dévorée par les panneaux publicitaires et les poubelles. Les rapports sociaux sont dominés par le culte de l’apparence et il n’y a pas grand chose à attendre de l’école ni de la famille.

Tout commence avec des mots, trois acteurs immobiles disent un texte en espagnol, dont la traduction en français s’étale en grand sur le mur du fond. Des flammes descendent le long de câbles qui relient les acteurs, renvoyant à un monde qui brûle, un monde où les corps sont empêchés, où le désir et la curiosité sont bridés par la morale et les injonctions innombrables qui nous sont assénées pour "notre protection", un monde où le travail répétitif engendre l’ennui. Pour créer l’émotion qui résonnera comme un appel au sursaut contre les méfaits de la société de consommation, Rodrigo Garcia n’hésite pas à provoquer, bien qu’il s’en défende. Les corps sont mis à nu, ruissellent de miel ou plongent dans une glaise liquide. Les acteurs glissent, essaient de garder l’équilibre, simulent masturbation et acte sexuel. Il y a de la douceur avec ces corps enduits de miel, mais aussi de l’humour quand les acteurs tentent d’y coller des toasts. Mais lorsque les corps se joignent aux mots, la violence et la cruauté s’installent. Une femme à la longue chevelure s’installe sur une chaise. Un homme commence à lui couper les cheveux puis la tond, tout en évoquant les phrases que doit répéter à longueur de journée, à chaque client, une vendeuse. Tout se passe comme si la souffrance muette de la femme tondue renvoyait à celle de l’employée soumise aux contraintes de la marchandisation de la société. Le malaise s’installe quand, à la violence, s’ajoute la cruauté du traitement infligée à une souris plongée dans un aquarium, qui nage frénétiquement jusqu’au moment où un homme la repêche, avant de la remettre à l’eau quelques secondes après. Tout semble sans espoir, pourtant, même dérapant dans la glaise qui les recouvre et a envahi le sol, les hommes tentent de rester debout.

La sidération gagne le public et quand la pièce est terminée, une partie des spectateurs n’arrive pas à quitter la salle, les gens expriment leurs émotions et discutent. On aime ou on déteste mais nul ne reste indifférent.

Micheline Rousselet

Le mardi et le mercredi à 19h30, le jeudi et le vendredi à 20h30, le samedi à 18h et le dimanche à 16h

Théâtre de la Commune

2 rue Edouard Poisson, 93304 Aubervilliers

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 33 16 16

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