Actualité théâtrale

Au Théâtre de le Bastille, partenaire Réduc’Snes, jusqu’au 13 avril 2013

"Et la nuit sera calme" inspiré des "Brigands" de Schiller Réécriture et dramaturgie Kevin Keiss, mise en scène Amélie Enon.

Ces dernières années, des metteurs en scène se sont lancés avec bonheur dans la réécriture de textes de grands auteurs.

On se souvient comme de grands moments de théâtre lorsque Daniel Véronèse, jouant sur le minimalisme, a revisité Tchekov ou quand, aux Laboratoires d’Aubervilliers, Gwénael Morin et sa troupe de comédiens ont entrepris de revisiter Molière, Racine, Büchner, Musset, ou Shakespeare…

On comprend qu’une jeune troupe de théâtre comme La Compagnie "Les Irréguliers" dont la plupart d’entre eux sont issus de la promotion 39 de l’École Nationale du TNS, se soit laissée séduire par ce type de projet.

Mais suffit-il de remettre à plat un grand texte comme celui de "Les Brigands " de Schiller, d’en réécrire de nombreuses scènes, de passer par un travail d’improvisation où chacun s’invente une partition, de saupoudrer le tout d’insolence et d’esprit potache, pour que le résulte final soit concluant ?

Hélas, non. Car un tel parti pris de travail théâtral nécessite beaucoup plus de précision et de rigueur dans tous les domaines que n’en fait preuve cette jeune troupe qui table sur ses audaces et son énergie pour camoufler un flottement permanent de la mise en scène.

Rien n’est peut-être plus difficile à maîtriser que le désordre sur une scène, surtout quand il survient dans tous les domaines : le décor, les costumes, le jeu des comédiens et leurs attitudes nonchalantes, les lumières (ou absence de).

Le travail que nous propose "Les irréguliers" sent très fort encore l’improvisation toute fraîche et le contentement de soi quand on croit, avec un dérapage verbal, une espièglerie, avoir décroché la lune de l’adaptation réussie.

Le résultat est qu’ici toute émotion a disparu, et qu’il faut attendre de réentendre le vrai texte de Schiller, qui soudain illumine comme une éclaircie, pour regretter amèrement qu’on nous en ait privé au profit d’une création qui fait miel de tous les dérapages.

Si le spectacle souffre du manque de précision et de rigueur, il manque douloureusement d’une énergie qui aurait pu servir de circonstance atténuante à l’échec.

On dirait à les regarder évoluer sur le plateau, que les comédiens considèrent que leur travail fourmille d’assez d’invention pour qu’ils puissent se dispenser d’être dans un jeu physique qui n’aurait pourtant pas été de trop.

Le spectacle mûrira-t-il au fur et à mesure des représentations ?

Francis Dubois

Théâtre de la Bastille 76, rue de la Roquette 75 011 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) 01 43 57 42 14

www.theatre-bastille.com

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « La vie de Galilée »
    La pièce, écrite par Brecht en 1938 et retravaillée jusqu’aux années 50, suit la vie de Galilée astronome, mathématicien et physicien italien du XVIIème siècle. Toujours avide de mettre au point de... Lire la suite (17 juin)
  • « Mary said what she said »
    Robert Wilson a offert le trône de Marie Stuart à Isabelle Huppert, une comédienne avec laquelle il se sent beaucoup d’affinités car elle comprend ce qu’il veut faire sans avoir besoin de beaucoup... Lire la suite (15 juin)
  • « Huckleberry Finn »
    Ce roman est considéré comme le chef d’œuvre de Mark Twain. L’histoire, qui se situe dans les années 1850 avant la guerre de sécession, est celle de Huckleberry Finn , un gamin si maltraité par son père... Lire la suite (7 juin)
  • L’école des femmes en accès libre sur internet
    Le spectacle L’école des femmes crée à l’Odéon en novembre 2018 avec une mise en scène de Stéphane Braunschweig est disponible en accès libre sur le site internet du théâtre et sur la plateforme Vimeo... Lire la suite (7 juin)
  • « Le champ des possibles »
    Après ses deux premiers spectacles ( La banane américaine, consacré à l’enfance et Pour que tu m’aimes encore, à l’adolescence), qui ont connu un joli succès, Élise Noiraud se consacre, avec ce nouvel... Lire la suite (6 juin)