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Un film de Nadine Labaki (France-Liban-Italie-Egypte)

"Et maintenant on va où ?" Sortie en salles 14 septembre 2011

Dans un village de montagne, un groupe de femmes vêtues de noir vont en direction du cimetière, serrées les unes aux autres, tenant contre elles les photos de leur époux, père ou fils.
Certaines portent le voile, d’autres une croix, mais toutes sont meurtries par le même deuil, conséquence d’une guerre dont elles ne veulent plus.
Parvenu au cimetière, le cortège se scinde en deux.
Le film de Nadine Labaki qui réalisa "Caramel" en 2007, raconte, sous la forme d’une fable savoureuse, la détermination d’un groupe de femmes de toutes religions, à protéger leur village et ceux qui leur restent, que le conflit a épargnés.
Alors qu’on comprend que le pays dans lequel se déroule le récit est le Liban, à aucun moment le nom n’est cité. Nadine Labaki a souhaité, de cette façon s’attaquer à toutes les guerres civiles dans lesquelles les habitants d’un même pays s’affrontent.
Il pourrait s’agir du conflit entre sunnites et chiites, entre noirs et blancs, entre deux clans, deux familles, deux frères…
Nadine Labaki ne s’inspire pas d’une histoire réelle mais elle a appris qu’elle était enceinte au moment où, en 2008, à Beyrouth, une fois de plus la ville reprenait son visage de guerre. De nouveau les routes étaient barrées, les aéroports fermés, les incendies faisaient rage.
Soudain, avec la reprise de la guerre, des gens qui habitaient le même immeuble depuis des années, qui avaient grandi côte à côte, entretenu des relations de voisinage, se battaient pour la seule raison qu’ils n’appartenaient pas à la même communauté.
Elle s’est alors posé la question de savoir par quel moyen, elle pourrait éviter qu’un jour, l’enfant qu’elle portait ne prenne les armes à son tour…
L’idée de son film était née.
Le choix de récit qu’à fait la cinéaste était risqué. Faire rire quelquefois, sourire souvent avec un film qui relate un drame et tourner le malheur en dérision était un vrai défi. Surtout quand on ose, comme elle le fait à la fin, aller jusqu’à la farce sans pour autant priver son propos de sa charge pathétique.
Et pour insister sur l’universalité de son message, sur son refus de faire un film directement politique, Nadine Labaki laisse une large place au chant et à la danse. Des ingrédients parfois surprenants mais qui créent une atmosphère de conte et de fable.
Ce choix narratif lui permet d’accéder à des événements improbables dans la réalité. Car, que des chrétiennes deviennent musulmanes et des musulmanes chrétiennes est impensable.
Mais c’est pour pouvoir se permettre ces libertés qu’elle n’a pas voulu dévoiler le nom d’un pays.
"Et maintenant on va où ?" est un film vivant à tous les niveaux. La vivacité de ces femmes, leur inventivité, leur penchant égal et récurrent pour les embrassades et les disputes, la même énergie est une première étape dans leur détermination. La volonté farouche dont elles font preuve en est une autre.
Retiendra-t-on la comédie ou le drame ? Ou entre les deux, le message de paix.
Une œuvre forte et originale en tous cas.
Francis Dubois

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