Le Comité Syndical Francophone de l’Education et de la Formation (CSFEF)

Être femme et syndicaliste, trois témoignages de syndicalistes francophones

A l’occasion des rencontres du CSFEF, comité qui regroupe les principaux syndicats d’enseignants de la francophonie et se sont tenues à Paris fin septembre 2018, trois femmes militantes témoignent : Régine AKALIKUMUTIMA (Rwanda), Jokebed DJIKOULOUM MOUNGALBAYE (Tchad) et Valérie REMILLARD (Canada).

Le Rwanda est certainement l’un des pays d’Afrique qui a fait le plus pour l’égalité hommes-femmes dans un passé récent et compte proportionnellement plus de femmes députés ... que la France. Pour Régine Akalikumutima, qui milite au sein du SYPERWA, beaucoup de femmes se trouvent actuellement à des postes de responsabilité au sein du monde syndical : son propre syndicat a pour secrétaire générale une femme. A Kigali, la capitale du pays, sur 4 sections syndicales, 3 sont dirigées par des femmes, reflétant d’ailleurs la très nette féminisation des enseignants du primaire. Selon elle, en matière d’égalité, « de réels progrès ont été accomplis par rapport aux pays voisins, mais les mentalités changent moins vite que la loi », et en raison du poids encore grand de l’éducation traditionnelle, « les femmes sont encore réticentes à prendre des responsabilités ». Cependant la mise en place d’un système de discrimination positive à l’égard des femmes dans l’accès aux lycées et aux universités conduit à élever assez rapidement le niveau de qualification des jeunes Rwandaises.

Au Tchad, en revanche, Jokebed Djikoloum-Mougalbaye, trésorière du SET, regrette que, même si les femmes sont très largement majoritaires dans l’enseignement primaire, son syndicat, qui regroupe les secteurs primaire et secondaire, ne confie que peu de responsabilités aux femmes : elles ne sont que 3 sur les 19 membres du bureau national et tous les secrétaires généraux sont des hommes. Si sur le scène politique tchadienne quelques femmes-leaders ont émergé ces derniers temps, la question des inégalités de genre reste cruciale, dans un pays où plus de 70 % des femmes sont analphabètes, où le mariage des jeunes filles est très précoce. Avec humour et un peu de dépit, elle nous fait remarquer que les seules fonctions dévolues aux femmes pour le moment au sein de la direction du SET sont la trésorerie et les affaires sociales « parce que les représentations masculines sont culturellement orientées » vers des femmes qui tiennent les cordons de la bourse et qui organisent la solidarité, mais « les postes plus politiques sont donnés aux hommes au sein du syndicat ».

Valérie Rémillard est présidente des Éducatrices et éducateurs francophones du Manitoba, au sein de la Manitoba Teachers’ Society. Son syndicat regroupe une grande majorité de femmes, reflétant ainsi la féminisation de la profession enseignante au Canada. Malgré une volonté affichée et réelle de renforcer la place des femmes dans les instances, elle constate qu’une majorité d’hommes compose les instances dirigeantes. Une étude interne, datant de mai 2018, a montré que les causes de la sous-représentation des femmes aux postes de responsabilité sont les contraintes familiales (charge des enfants et de l’organisation du foyer, réunions trop tardives le soir) mais aussi l’image peu flatteuse que beaucoup de femmes ont d’elles-mêmes (sentiment d’infériorité, sentiment de ne pas avoir suffisamment de connaissances politiques et syndicales, difficultés à s’exprimer en public). Cette étude a donné lieu à des recommandations internes et un plan d’action sur 3 ans, destiné à favoriser la représentation des femmes en plaçant formations et réunions dans la journée ou en organisant des crèches syndicales, des débats entre femmes. Mais Valérie Rémillard fait remarquer que « la société du Manitoba n’est pas exemplaire », le gouvernement provincial étant « dominé par des hommes blancs d’une soixantaine d’années » et le premier ministre provincial s’étant lui-même distingué « par des propos très douteux », qui laissaient penser que les seuls mérites des femmes tenaient à leur physique .

Le monde syndical francophone, que ce soit dans des pays pauvres ou riches, a donc encore bien des progrès à faire en matière d’égalité de genre.

Elisabeth Jacquet, SNES-FSU, secteur international

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