Actualité théâtrale

à la Maison de la Poésie, partenaire Réduc’snes

« Europeana, une brève histoire du XXè siècle » du 3 au 28 juin

« Europeana » se présente comme une histoire du XXème siècle. Mais c’est un texte impertinent qui bouscule la hiérarchisation des événements et leur chronologie, écrit par un auteur tchèque qui vit en France, Patrik Ourednik. Le texte compile sur un air faussement naïf une centaine de faits dérisoires ou terribles de l’invention du soutien-gorge ou de l’émancipation des femmes au bug du millénaire, de la poupée Barbie au camp de Theresienstadt, des morts de la Première guerre mondiale au messianisme bolchevique. Dans ce parcours l’auteur s’amuse à brouiller les pistes passant du cours d’histoire tel qu’on l’apprend en classe à des images curieuses et drôles parées de la scientificité chère au XXè siècle, de l’objectivité du fait établi historiquement à la mémoire qu’en gardent ceux qui les ont vécus. Au passage il s’interroge aussi sur ce qu’est ce siècle, sur son début, sur ce qu’il faut en retenir et sur les déceptions qu’il a engendrées et nous livre ainsi un texte politiquement fort.
Europeana-light
Pour mettre en scène cet essai, pour saisir le siècle passé à partir des lieux communs, des choses lues ou vues, apprises par cœur et maintes fois répétées, la metteuse en scène, Myriam Marzouki a choisi une forme elle aussi originale, un théâtre-concert. Trois comédiennes (Charline Grand, Alice Benoit et Clémence Léauté) s’emparent du texte et passent du bleu de travail, à la petite robe noire de l’hôtesse coiffée d’une perruque blonde de poupée Barbie, ou à la tenue sportive. Pour rendre la vivacité du texte qui parcourt en tous sens le siècle, les actrices se placent sur des socles qui tournent et le jeu des éclairages concourt à créer une impression de vitesse. Sur le plateau elles sont en compagnie de trois musiciens qui jouent de divers instruments. La musique n’est pas qu’un accompagnement, elle est au cœur du récit et ponctue la drôlerie désespérée du texte. Elle est parfois grinçante, désaccordée comme ce siècle, elle peut aussi être poignante comme ce chant du ghetto juif. Les comédiennes participent aussi à ce concert par leur chant ou en jouant certains instruments. Elles apportent chacune au texte leur personnalité et lui donnent une poésie qui n’exclut ni l’horreur ni le rire.
Voilà une façon originale et fort plaisante à travers ce texte brillant si bien servi par ces trois actrices de réviser le programme d’histoire avant le bac !
Micheline Rousselet

Maison de la Poésie
157 rue Saint Martin, 75003 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative) : 01 44 54 53 00

NB : Ce spectacle a été créé au Théâtre au fil de l’eau à Pantin dans le cadre d’une résidence.

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