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Un film de Cornel Gheorghita (Roumanie)

"Europolis" Sortie en salles le 24 Août 2011

Nae, la petite quarantaine, est un dilettante. Il vit chez sa mère, une veuve courageuse qui se démène pour qu’il y ait toujours à manger dans les assiettes de son fils, de sa fille et de son petit fils. Elle aimerait bien que Nae fonde une famille mais qu’il porte son choix sur une autre femme que la sœur du cabaretier dont il est l’amant occasionnel.

Un jour, arrive le télégramme d’un notaire leur annonçant la mort de l’oncle Luca et les conviant à se rendre en France où celui-ci vivait.

La mère et le fils entreprennent le long et onéreux voyage jusqu’au littoral atlantique français. Là, ils sont obligés d’accepter que le corps soit incinéré et ce n’est que quand ils sont en possession de l’urne funéraire, qu’ils apprennent que l’oncle Luca avait souhaité comme dernière volonté, être enterré dans le cimetière de sa ville natale, Sulina et qui plus est, dans un cercueil de son invention ayant la forme d’un âne en bois.

Or, selon la tradition roumaine, l’âme d’un mort ne peut prétendre à la paix qu’une fois ses dernières volontés accomplies. A défaut de quoi, il peut devenir un revenant – strigoï - voire un vampire – moroï -

Nae deviendra l’ange gardien de l’âme de Luca et les rituels, quoique bousculés par les circonstances, seront à peu près respectés.

Et ce n’est qu’après le 40è jour du deuil et la difficile traversée des douanes célestes - représentées ici par de réels douaniers roumains - qu’enfin installée dans l’au-delà, l’âme permettra à la vie qu’elle a quittée de trouver une sérénité.

En même temps que Nae fera face à des responsabilités, il prendra en charge la douleur et la fatigue de sa mère qui décédera en cours de route et, trouvant une utilité à la curieuse sépulture en forme d’âne, il devra mener à bien la mission de ramener à bon port, non plus une âme mais deux, jusqu’au cimetière de Sulina.

Il conduira comme il faut, avec le respect qui convient, sa mission et les épreuves qu’il rencontrera feront de lui un autre homme au point que sa maîtresse, la sœur du cabaretier, lorsqu’elle le reverra, à son retour, ne le reconnaîtra pas.

" Europolis " qui est une illustration du cycle émigration/immigration, pose la problématique du déracinement mais aussi celle, plus vaste, de la relation Pays de l’Est, Pays de l’Ouest.

Le film repose presque essentiellement sur le personnage de Nae et sur sa métamorphose au fil des évènements. Le traitement qu’en fait Cornel Gheorghita , tout en nuances, s’accorde avec l’interprétation de Aron Dimeny, presque caricaturale en début de récit, pour devenir sur la fin, une composition toute en retenue.

Profondément partagé entre la Roumanie traditionnelle qu’il respecte et la société moderne qu’il pressent plus qu’il ne la vit, le personnage devient le représentant d’une génération incertaine et peut-être à l’origine, sacrifiée.

Quelques longueurs parfois atténuent le plaisir que procure le récit à la fois drôle et pathétique de cet aller-retour initiatique, de ce road-movie attachant et singulier, qui parfois prend le large et s’ouvre sur la démesure de l’ordinaire.

Francis Dubois

 

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