Evaluations

Seconde enquête de l’observatoire de la réforme du collège du SNES-FSU :

Evaluations des élèves : un quart des profs sous pression ! mise à jour mai 2019

Après la première enquête sur la réalité de la mise en place de la réforme du collège dans les établissements, l’observatoire de la réforme du collège a lancé une seconde enquête sur des sujets plus spécifiques, mais qui touchent de plein fouet les collèges en ce début de second trimestre : l’évaluation des élèves et le LSU, le numérique et les tablettes, et les conséquences de la réforme sur le vie scolaire.

La seconde enquête de l’observatoire permet de dresser le bilan de la mise en place du LSU et sur les pressions hiérarchiques pour imposer telle ou telle modalité d’évaluation des élèves, déniant notre liberté pédagogique.

Avec 524 réponses, nous sommes, pour cette enquête, autour d’un taux de réponse d’un collège sur 10. Un peu moins d’un quart des enquêtés enseigne en zone rurale , il en va de même en zone prioritaire.

Résultats de l’enquête 2

Evaluation et LSU

Q7 : L’an dernier, dans l’établissement où vous enseignez actuellement, comment
étaient évalués les élèves ?

70 % des réponses indiquent que les élèves étaient évalués l’an dernier avec des notes seulement. Cette année, suite à la réforme, les modalités d’évaluation ont été modifiées dans 31 % des collèges.

Q11 : Si les modalités d’évaluation ont été modifiées, dans quels niveaux ?

Tous les niveaux sont concernés, alors que nous aurions pu penser que, du fait de l’imposition du cycle 3, l’abandon des notes aurait lieu surtout en 6ème. On remarque tout de même un léger pic sur les deux années de fin de cycle, mais pour des raisons différentes : continuité d’évaluation avec le premier degré pour la 6ème et évaluation bilan du fin de cycle 4 en 3ème dans l’optique de la validation pour le DNB.

Pour les 5ème et 4ème, on peut noter que « tout le niveau » est moins concernés, ce qui rejoint l’analyse précédente.

Q12 : quelle évaluation a été mise en place ?

Pour les établissements qui connaissent des modifications, il s’agit pour un tiers d’un basculement total vers une double évaluation (notes et compétences) sur tout un niveau, ce qui donne double tâche aux enseignants, mais leur permet de conserver une maîtrise de l’évaluation.
Sauf pour le niveau 6ème où un tiers des classes sont sans notes, les enseignants pratiquent la double évaluation ou peuvent choisir leurs modalités d’évaluation dans plus de 85 % des cas.

Q9 : Y a-t-il eu des pressions d chef d’établissement depuis la réforme du collège pour évaluer les élèves sans notes ?

1/4 des collègues a connu des pressions de leur hiérarchie.
Concernant les EPI et de l’AP, la majorité des chefs d’établissement n’a pas demandé de précisions sur les modalités d’évaluation. Mais 1/4 des chefs font des tentatives et le plus souvent pour les EPI. Si l’on croise avec la question sur l’évaluation, nous pouvons noter un lien entre les pressions sur l’évaluation et les demandes de précisions de la part des chefs sur l’évaluation de l’AP et des EPI.

II Mise en place du LSU

Q14 : Comment a été organisée la formation au LSU ?

2/3 des collègues des établissements n’ont pas reçu de formation pour utiliser le LSU. Il n’y a que 11% des collèges où les enseignants ont tous été formés.

Applications utilisées par les établissements pour faire les bulletins

applications Nombre %
Pronote 301 67%
sconet 23 5%
sacoche 14 3%
EducHorus 12 3%
vie scolaire 10 2%
Pronote +* 17 4%
sconet +* 9 2%
sacoche +* 6 1%
autres 56 13%
Total 448 100%

* En association avec d’autres applications.
3/4 % des établissements utilisent Pronote. Pour gérer les compétences, l’application la plus utilisée pour les compétences est sacoche. Elle est souvent associée avec une autre. (La catégorie autre regroupe les systèmes qui sont utilisés moins de 10 fois).

Q16 : L’application choisie induit-elle des connaissances/compétences à évaluer prédéfinies dans l’application ?

Dans 65% des cas, l’application induit des connaissances/compétences prédéfinies par l’application pour évaluer les élèves. C’est un résultat inquiétant : ce ne sont pas aux éditeurs privés de contraindre les équipes. Ou bien alors les cahiers des charges fournis par le ministère permettent-ils ces interprétations erronées des textes réglementaires ?

Q17 : Si oui, les compétences/connaissances ont-elles été choisies par les enseignant-e-s ?

Dans les établissements concernés, la moitié des collèges s’est vue imposer la liste de connaissances/compétences à évaluer.

Les volets évaluation/LSU de cette enquête montrent que le LSU, même s’il n’est pas encore opérationnel dans toutes les académies, est un bras armé de la réforme du collège. Il y a fort à parier que les pressions vont s’accentuer pendant ce second trimestre avec le développement du LSU, avec, pour l’année de Troisième, la proximité de l’évaluation de fin de cycle 4 dans l’optique du DNB. Il ne faudrait pas que revienne par là l’imposition d’évaluation sur le modèle de l’ancien Livret personnel de compétences que nous avions mis en échec.

III Le numérique et les tablettes

Q18 : Votre établissement est équipé de tablettes numériques ?

27% des collèges sont à ce jour équipés de tablettes numériques et 11% prévoit de s’équiper bientôt. Dans 2% des collèges, des ordinateurs portables ont été privilégiés par rapport aux tablettes.

Bien que la promesse du président fût d’équiper l’ensemble des élèves de Cinquième avec des tablettes, cela s’effectue sur tous les niveaux de classe du collège, surtout en Quatrième… (suite d’un équipement en Cinquième l’an passé ?). Les niveaux Sixième et Troisième sont moins équipé ou du moins pas dans toutes les classes de l’établissement.
De fait, si des collèges reçoivent des tablettes cette année, il n’est pas forcément prévu que leur usage soit généralisé à toutes les classes (12,5% en 6e et 7% au cycle 4 seulement). Dans une majorité des établissements, les moyens sont dérisoires et rarement toutes les classes d’un niveau sont équipées. Les réponses ouvertes permettent de comprendre qu’en général, la dotation en tablettes est minime : entre une dizaine de tablettes ou deux jeux de trente tablettes (souvent appelé "classe mobile") que le professeur doit réserver ou qui sont attachées à une discipline qui a réclamé cette dotation.
À peu près la moitié des établissements équipés l’ont été non à l’initiative des enseignants mais après une proposition du conseil départemental. Seulement 34,5 % est à l’origine une demande faite par les équipes enseignantes. 90% des établissements n’ont pas eu le choix du constructeur. La plupart du temps, les établissements ne peuvent se procurer ces équipements que grâce aux financements des collectivités départementales qui passent des marchés avec des fournisseurs. Il peut même y avoir une certaine discontinuité dans le matériel.

Q23 : Avez-vous eu le choix du constructeur et du système d’exploitation

Seuls 10% des établissements ont eu la possibilité de faire un choix.
Un peu moins de la moitié des collègues ont demandé un système d’exploitation Android/Google (47%). Apple est le système d’exploitation le moins demandé (problème du verrouillage des tablettes ?). Or Le système d’exploitation obtenu n’est pas toujours celui voulu par les collègues. Ainsi, Apple a été plus reçus que demandés à l’inverse du système Android/Google qui a été plus demandé et moins obtenu. L’écart varie entre 4 et 11 points. Demande et obtention sont pratiquement identiques pour Windows/Microsoft.
Dans 3/4 des établissements, des travaux (bornes relais wifi, prises filaires, câblages, routeurs…) seront nécessaires pour faire fonctionner les tablettes.
La maintenance est assurée à 53 % par les conseils départementaux soit directement (44,6%) ou par le biais d’un prestataire privé (8,3%). 47% des établissements assurent eux-mêmes la maintenance. Mais seulement une minorité (14% contre 33%) reçoit des moyens pour le faire. Pour un tiers des collèges, la maintenance risque de devenir un fardeau faute de financement ou de compétences.
Dans 49% des cas, les collègues ayant répondu à l’enquête ne savent pas qui finance l’assurance des tablettes. Dans un tiers des cas c’est le conseil général ce qui semble logique car c’est lui qui équipe. Il a été demandé aux parents de manière minoritaire (7,6 %) de payer cette assurance ce qui contrevient à l’obligation de gratuité. Dans 11,3% des cas c’est au collège de payer.

Q28 : Quels supports pédagogiques sont installés ou pourront être installés sur la
tablette numérique ?

L’enquête montre que l’on trouve sur les tablettes surtout les applications de la liste fournie par le fabricant, et dont on peut interroger la pertinence pédagogique. On pourra aussi disposer des productions des collègues. Les manuels n’arrivent qu’en troisième position. Mais comme pour la maintenance, plus de la moitié des collègues ne sait pas quelles ressources vont pouvoir être installées.
Très majoritairement (74%), aucune réunion n’a été organisée sur les usages des tablettes. Dans le cas, où la réunion a été organisée, il a été exclusivement question de pédagogie. Il a été très peu traité des droits et des devoirs des enseignants face à ce nouvel outil et surtout encore moins des impacts possibles sur la santé. 67 % des collègues n’ont eu aucune formation au sujet des usages. Dans le cas où la formation a été donnée, elle a été centrée sur l’installation de programmes ou de données sur les tablettes.

IV La réforme du collège et la vie scolaire

Q35 : Les emplois du temps des élèves ont-il été désorganisés par la réforme du collège ?

La moitié des collègues estiment que les emplois du temps des élèves ont été désorganisés par la réforme du collège. Seuls 10 % des répondants confirme un impact sur les heures de sortie en les démultipliant. Une minorité d’établissement a fait le choix d’avoir des entrées et des sorties toutes les ½ heures. 78% des établissements respectent la pause méridienne de 1h30, la moitié de ces établissements avaient déjà cette durée de pause. Pour les autres, sa mise en place a dégradé les emplois du temps des élèves et des enseignants, organisation de la vie scolaire et les conditions de surveillance. La mesure n’a eu un impact plus faible sur les transports scolaires et le climat scolaire.
73% des établissements respectent la journée de 6h pour les Sixièmes. Les conséquences sont les mêmes que pour la pause méridienne, les emplois du temps des élèves (35%) et surtout des enseignants (46%) ainsi que les conditions de surveillance se sont dégradées. Un impact faible sur le climat de vie scolaire et les transports scolaire.
Les CPE participent très peu à l’AP et aux EPI.

Q42 : La réforme du collège a généré dans les emplois du temps élèves, concernant le temps hors la classe (heures d’étude)

La réforme du collège a fait augmenter le nombre d’heures d’étude des élèves dans 72% des cas. Dans un tiers, elles ont diminué.

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