Evaluation des personnels

Évaluer, dans le but d’améliorer le service public

Le point de vue du SNES

L’évaluation des enseignants se trouve actuellement à la croisée des chemins. En voulant aller très vite, le ministère entend confisquer le débat, comme si finalement celui-ci était tranché, sur la finalité de l’ évaluation des personnels enseignants du second degré.

Partant du constat simple que l’existant est très insatisfaisant, ce que nul ne peut contester, le ministère a entrepris de lancer un grand chantier, qui, au-delà des effets de communications, n’a pas pour ambition l’amélioration de ce qui existe. Bien au contraire, si cette réforme était mise en œuvre, elle n’aurait pour but que de caporaliser le métier au profit du chef d’établissement en en renforçant les pouvoirs et en évinçant les inspecteurs.

Pourtant une réforme de l’évaluation est nécessaire, ce que revendique le SNES. Nul ne peut contester que la double évaluation telle qu’elle existe est fragilisée notamment par les retards d’inspection, par l’idée qu’une partie de la carrière ne se joue que sur une séquence de 55 minutes, très formelle et bien éloignée de la réalité et qu’au final, le chef d’établissement par sa proximité serait le seul à détenir, réellement, les clefs d’une évaluation objective.

Pour essayer d’entrer sereinement dans le débat, la question primordiale à poser est bien de définir l’objectif de l’évaluation avant d’en préciser les modalités et la mise en œuvre. Le contraire donc de ce que prétend faire le ministère. Et c’est bien pourtant là, l’enjeu de la réforme ministérielle.

Pour celui-ci, l’évaluation peut se résumer à la seule notion de sanction des « déméritants » comme si cela permettait d’améliorer le système. Si on réfléchit un peu à ce qui est proposé, ce n’est finalement rien de plus en objectif que ce qui existe déjà, sinon que cela fragilise énormément la carrière des collègues en la mettant dans les mains de l’échelon local. Mais le service public d’une manière général est-il amélioré parce qu’un tel arrivera au 11ème échelon (il y arrivera de toute façon) avec 5, 10 ou 15 ans de retard sur un autre ? Est-il acceptable que toute la carrière dépende ainsi du bon plaisir de l’échelon local ?

Pour le SNES, la réforme de l’évaluation doit se fixer comme objectif l’amélioration du service public d’Education.

Pour cela , il faut d’abord réaffirmer que, seule la double évaluation permet de prendre en compte les spécificités de notre métier et d’en garantir l’indépendance. Le cœur du métier d’enseignant se déroule dans la relation particulière qui se noue au sein des classes dont il a la responsabilité. L’inspection pédagogique est donc centrale dans l’évaluation du travail. Nous récusons l’idée que le chef d’établissement puisse jouer un quelconque rôle en matière pédagogique et soit le notateur principal. Pour autant, l’inspection pédagogique doit être repensée dans sa périodicité et dans son contenu.

L’évaluation doit ensuite être penser comme un levier pour améliorer le service public d’éducation. Par conséquent, elle doit être déconnecté de l’avancement de carrière des collègues. Cette revendication n’est ni utopique ni farfelue. Les enseignants sont des fonctionnaires de catégories A et dans notre quotidien nous fréquentons d’autres corps de catégorie A, dont l’avancement dans la classe normale, est déconnecté de l’évaluation et qui avancent tous au même rythme : les IPR, les chefs d’établissements… Pour nous, les enseignants sont concepteurs de leur métier et non des exécutants soumis à des ordres hiérarchiques, imposant telle ou telle « bonne pratique pédagogique ».

Enfin, l’évaluation doit être conçue comme exclusivement formative et donc débouchée sur des conseils et des préconisations et non des injonctions à mettre en œuvre telle ou telle réforme dont la durée de vie est, de plus, aléatoire ! Elle doit, également, s’accompagner de la mise en place de formation complémentaire qui répondent aux attentes de la profession.

Pour cela, il est nécessaire de sortir du concept d’individualisation de carrière dans lequel nous enferme le discours ministériel. Ce débat ne peut être que mortifère pour nos professions. C’est pourquoi nous ne devons pas craindre d’affirmer des revendications qui renforcent des solidarités. Il s’agit d’obtenir à court terme dans le cadre d’une fonction publique de carrière rénovée et de repères collectifs nationaux forts, la reconstruction de nos grilles indiciaires et de rester mettre de la conception de notre métier. L’enjeu en vaut le coup.

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