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Un film de Maren Ade (Allemagne)

"Everyone else" Sortie en salles le 8 décembre 2010

Gitti et Chris, un couple de trentenaires dans l’air du temps, passent des vacances en Sardaigne dans une maison de famille. Lui est architecte free lance. Il est, pour le moment, dans une impasse professionnelle même s’il a, sur l’île même, le vague projet de la rénovation d’une habitation bourgeoise. C’est un compagnon hésitant à se déclarer face à une Gitti, extravertie, pleine de vie, qui ne cesse, elle, de lui exprimer son attachement.
Au point où il en sont de leur histoire, tout semble possible. La poursuite de leur relation aussi bien que la rupture. Mais les vacances, le soleil, les baignades, un pique nique ou un randonnée mettent provisoirement toute décision en attente.

Des retrouvailles en apparence anodines avec un ami de Chris qui, lui, est dans une phase de réussite professionnelle et qui semble être en pleine harmonie amoureuse avec sa compagne va révéler à Gitti une facette insoupçonnée de la personnalité de Chris. La position inférieure que celui-ci adopte face à Hans et Sana vient confirmer les doutes qu’elle avait peut-être de tout temps eus à propos de son compagnon.
Maren Ade, la réalisatrice, a l’âge de ses personnages et cette proximité l’amène à fouiller dans la problématique relationnelle de couple spécifique à cette génération avec une grande acuité, une précision au scalpel. Elle place sur l’échiquier deux, puis quatre individus qui sont chacun dans une tonalité mentale très actuelle mais qui pour autant, ne sont jamais dans le cliché. Et la force de son film réside dans le traitement du détail ainsi que dans le parti qu’elle prend de ne jamais traiter d’évènements saillants. Le récit ne s’attache qu’à des moments mineurs du quotidien où les protagonistes vont se révéler bien mieux qu’ils le feraient à travers des scènes plus démonstratives.
Les préoccupations de Chris et Gitti et, peut-être de plus loin, celles très voisines d’Hans et Sana, même si elles ne relèvent d’eux que leur aspect égocentrique et narcissique, sont prises très au sérieux par Maren Ade à travers un choix narratif faussement mineur ou nonchalant. Cette liberté que revendiquent ces trentenaires avec beaucoup de sincérité est à double tranchant. Elle leur permet une grande latitude dans le fonctionnement du relationnel mais elle les expose à des questionnements poussés à l’extrême, des exigences qui vont les débusquer jusque dans leurs retranchements et surtout dans leurs contradictions. Peut-on mener de front, comme semble le vouloir Gitti, l’émancipation et la dépendance amoureuses ou peut-on, comme le fait Chris, garder à la fois sa liberté de choix et le désir de laisser les choses en l’état en attendant qu’une décision finale tombe comme un fruit mûr..
L’image de soi qu’on veut donner à l’autre n’est pas toujours celle qui apparaît et c’est de ces petites trahisons inconscientes, de ce flou autour des personnages, de ces imperceptibles vacillements, que parle aussi ce film tout en finesse, tout en nuances qui traite du mal être d’une génération et d’un individualisme qui, sous couvert d’exigence et de rigueur, va se loger jusque dans les rapports amoureux.
"Everyone else" est un film à la fois tendre, touchant et cruel.
Francis Dubois

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