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Un film de Jacques Bral (France 1980)

"Extérieur, nuit" Sortie en salles le 27 janvier

Leo est un musicien de jazz en rupture avec le système et les contraintes. C’est chez Bonny, un écrivain en panne qu’il débarque le jour où il décide de rompre avec une "liaison lucrative" en trop grand décalage avec ses convictions. Léo et Bonny se sont connus autrefois, retrouvés occasionnellement, puis à nouveau perdus de vue. Une sorte de parenté souterraine les unit qui va rendre possible la cohabitation. Une nuit, Léo rencontre Cora, chauffeur de taxi, femme libre de toute attache et de tout sentiment…

Jacques Bral n’aura réalisé que quatre films en trente ans malgré les qualités de "Extérieur nuit", son premier long métrage, et l’accueil que la critique et le public réserva en 1980 à cette réalisation singulière au charme abrupt, à la fois héritière de soixante huit et pour son inspiration, des premiers films de la nouvelle vague.
Mais si Cora a de lointains airs de parenté avec la Patricia d’ "A bout de souffle" c’est de Michel Poicard qu’elle se rapproche le plus. Ses rêves de voyages lointains et ses projets, ses audaces, sa capacité à se tirer des mauvais pas et à donner des coups, ses allures masculines l’éloignent des héroïne féminines de l’époque. Léo, lui, a moins d’envergure, moins d’audace, moins d’ambition mais il a comme atouts majeurs sa nonchalance et le charme qui en résulte.. Il est des premiers représentants de cette génération tâtonnante qui a posé ses convictions sur des hésitations idéologiques et sur cette carapace qu’elle s’est constituée pour se protéger de tout risque d’attachement ou de concession.
"Extérieur, nuit" est sans doute arrivé quelques années trop tard pour être le film phare d’une génération, d’un époque auquel ses qualités pouvaient le destiner, qu’elles soient techniques ou narratives. Echappant à la caricature qui les menaçait, les personnages qui ont fait de la précarité où ils se trouvent une philosophie et chez qui transparaît, derrière une indifférence affectée, une angoisse légitime, restent des êtres attachants capables de penchants humanistes à la condition qu’on ne les cite pas.
"Extérieur, nuit" est un film de grisaille nocturne, magnifiquement photographié, servi par trois acteurs complémentaires. André Dussolier qui était le plus connu des trois est le narrateur fataliste, celui qui sait qu’une histoire, quelle qu’elle soit le laissera toujours sur la touche. Gérard Lanvin, un presque inconnu allait connaître une carrière éclectique mais constante et Christine Boisson promettait ici beaucoup plus qu’elle n’a tenu par la suite.
Et ce film, s’il reste un témoignage sur une époque, n’a, par ailleurs pas pris une ride et c’est la meilleure preuve du talent d’un cinéaste que d’avoir su échapper aux clichés vestimentaires, aux tics de langage pour nous proposer, trente années plus tard, une œuvre intacte.
Francis Dubois

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