Actualité théâtrale

Jusqu’au 13 novembre au Théâtre de la Poudrerie à Sevran puis du 16 novembre au 4 décembre à la Maison des Métallos à Paris

« F(l)ammes »

Après avoir donné la parole à des jeunes hommes des quartiers populaires dans Illumination(s), c’est aux jeunes femmes nées de parents immigrés et issues de ces mêmes quartiers qu’Ahmed Madani ouvre la scène. Plus discrètes, moins ouvertement politiques, présentées de façon plus positive par les media, sauf quand elles décident de se voiler, qui sont-elles en réalité ?

Théâtre : F(l)ammes

Après plusieurs castings, Ahmed Madani a retenu dix jeunes femmes issues de ces quartiers populaires. Elles parlent de leur quotidien, de leur moi, de leurs doutes, de leurs peurs et de leurs espoirs. Il a retravaillé leur parole, les a fait longuement travailler et elles sont là, sur scène, avec une présence, une sincérité et une énergie qui entraînent la salle.

Comment convaincre les autres que l’on a une culture, que ce n’est pas parce que l’on est Noir que l’ « on vient tout droit de la forêt », que l’on ne vient pas de nulle part, mais d’ailleurs ? Comment échapper aux stéréotypes qui nous font croire que ceux qui sont nés avec une cuillère d’argent dans la bouche ne peuvent pas être « de gros lourdingues » dépourvus de culture ? Comment être pareille et être différente ? Comment s’intégrer sans rompre avec son origine ? Comment jongler entre traditions et modernité dans la relation aux parents, avec la mère surtout dont l’amour est parfois si étouffant ?

Toutes ces questions sont abordées avec un ton qui oscille entre sensibilité grave - comme lorsque l’une d’elle évoque les gestes de sa grand-mère préparant un plat traditionnel ou une autre parlant de l’excision avec beaucoup de pudeur - et drôlerie où on retrouve la vivacité de la parole de ces jeunes, comme lorsque la jeune maghrébine voilée prétend que les choses sont plus faciles pour elle - sous-entendu parce qu’elle n’a pas la peau noire - oubliant son prénom et son voile !

Le plus souvent chaque jeune femme prend la parole devant un micro, tandis que les autres sont assises en fond de scène. Mais elles bougent aussi, rient, dansent et chantent. Le blues, chanté avec émotion par l’une d’elles, succède à La vie en rose pour celle qui rêve de retrouver le Prince Charmant seulement aperçu. Une vidéo apporte des images oniriques qui éloignent le quotidien et ouvre la porte aux rêves. L’une d’elle proclame qu’elle ne veut surtout pas faire pitié et on en est loin. Elles sont énergiques, lucides, déterminées et montrent d’elles une face cachée pleine de vie et d’espoir.

Micheline Rousselet

Vendredi 12 novembre à 20h30 et dimanche 13 novembre à 15h

Salle des fêtes de Sevran

Du 16 novembre au 4 décembre, du mercredi au samedi à 20h, le dimanche à 15h

La Maison des Métallos

94 rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 05 88 27

En tournée ensuite dans toute la France, Mantes, Créteil, Nantes, Amiens, Grasse etc. www.madanicompagnie.fr

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Une des dernières soirées de carnaval »
    Goldoni écrit cette pièce alors qu’il s’est décidé à quitter Venise, sa ville qu’il aime tant et qui l’a tant inspiré. Il est lassé de la guerre d’usure que mènent ceux qui, à la suite du Comte Gozzi,... Lire la suite (11 novembre)
  • « Une bête ordinaire »
    Elle a sept ans et demi, des seins comme des clémentines et l’impression qu’une bête sauvage lui crève le ventre. Elle a fait du garage à vélo de l’école sa cabane et y invite des petits garçons à toucher... Lire la suite (8 novembre)
  • « Le présent qui déborde »
    Après Ithaque , Christiane Jatahy continue à voyager dans l’Odyssée pour y trouver ce que ce poème vieux de 3000 ans nous dit du monde où nous vivons. Nous avions été peu convaincus par Ithaque où... Lire la suite (7 novembre)
  • « Tigrane »
    Tigrane disparaît un jour. On ne retrouve sur la plage que son skate et une bombe de peinture. Dans notre pays où l’école ne réussit pas à assurer une véritable égalité des chances, Tigrane semblait mal... Lire la suite (6 novembre)
  • « Place »
    De Place , couronnée par le prix du jury et le prix des lycéens au festival Impatience 2018, Tamara Al Saadi, son auteur dit : « la pièce est née de la nécessité de parler de ce sentiment qu’éprouvent... Lire la suite (6 novembre)