Actualité théâtrale

Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, Partenaire Réduc’Snes, jusqu’au 23 février 2013

"Fahrenheit 451" d’après Ray Bradbury Adaptation, mise en scène et univers sonore, David Géry

En 2004, David Géry adaptait pour la scène, avec bonheur, "Bartleby" d’Herman Melville. Il propose aujourd’hui l’adaptation d’un autre classique de la littérature nord-américaine, "Fahrenheit 451", roman d’anticipation de Ray Bradbury paru en 1953, en pleine période du maccarthysme. C’est une œuvre visionnaire dont le titre fait référence à la température à partir de laquelle le papier commence à brûler au contact de l’air.

François Truffaut avait adapté l’œuvre de Bradbury pour le cinéma et mis en images la projection de l’époque dans un avenir indéfini, un univers où la possession de livres est devenue interdite.

Selon les dirigeants de ce (ces) pays, le livre qui déroute le citoyen du bon chemin est un frein au "bonheur" des hommes.

Des brigades de pompiers sont chargées de poursuivre les derniers hommes à en posséder et de détruire les livres encore en circulation dans des incinérateurs.

Guy Montag est un de ces pompiers. Il ne se posait aucune question à propos de ces destructions jusqu’au jour où il rencontre Clarisse, une jeune fille rebelle, éprise de liberté.

Ses propos vont toucher Montag et l’amener à s’interroger sur sa vie, son métier, ses certitudes. Il se met à soustraire des livres à la destruction et entre en résistance contre une société totalitaire.

Dénoncé par sa femme, poursuivi par les forces politiques et médiatiques, il est recueilli par la communauté des hommes-livres qui mémorisent des œuvres entières pour les sauver de l’oubli.

On comprend aisément les raisons qui ont amené David Géry à s’attaquer au livre de Ray Bradbury qui, écrit au début des années cinquante, offre une vision prémonitoire de notre époque avec ses "baladeurs" (les coquillages), ses écrans plats géants (les murs écrans), les programmes réducteurs de cerveau de télé-réalité, l’invasion de la publicité, etc…

Mais non seulement le contenu du livre de Bradbury posséde ce pouvoir visionnaire, mais il nous alerte aujourd’hui sur d’autres dérives insoupçonnées ou prévisibles qui nous guettent, tapies dans l’ombre d’une technologie galopante et aveugle, dans une mutation en profondeur de nos valeurs essentielles qui disparaissent (la menace qui plane sur les livres-papier entre autres).

Pour cette anticipation, la démarche de David Géry était louable. Mais autre chose était d’adapter pour le théâtre le livre de Badbury. La pièce qu’il nous propose sur le plateau de la grande salle d’Aubervilliers n’est hélas pas toujours convaincante. Beaucoup trop sage, manquant douloureusement de hardiesse, le résultat, sage jusque dans le jeu des comédiens, reste trop lisse et le discours du texte s’égare dans des dialogues et monologues qui devraient être percutants mais qui ne sont ici qu’attendus.

Le décor constitué de panneaux mobiles se modifie souvent sans réelle justification et on en arrive à regarder le feu des fours où brûlent les livres avec indifférence.

On avait pourtant beaucoup aimé le travail de David Géry sur "Bartleby".

Il est aussi possible que le spectacle mûrisse et trouve plus de solidité au fil des prochaines représentations.

Francis Dubois

Théâtre de la Commune d’Aubervilliers 2 rue Edouard Poisson 93 304 Aubervilliers

www.theatredelacommune.com

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 33 16 16

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