Actualité théâtrale

Jusqu’au 25 septembre au Lucernaire

« Faim »

Xavier Gallais dit avoir porté en lui le désir de faire entendre ce texte écrit par Knut Hamsun en 1890. Un jeune journaliste espère la publication d’un article qui devrait lui apporter la notoriété et l’argent. En attendant, chassé de son logis, il erre dans les rues enneigées de Christiania. Peu à peu la faim, la fatigue et la solitude l’entraînent vers une déchéance physique et mentale qui parfois le conduit au délire. Il s’engage dans une descente aux enfers, commençant par chercher désespérément de l’argent en vendant tout ce qu’il peut espérer vendre, puis tâchant d’échapper à la torture de la faim en quémandant un os - pour son chien dit-il - qu’il s’empresse d’aller ronger dans une ruelle obscure ou en mordant ses doigts jusqu’au sang. Inspiré de l’expérience de Knut Hamsun avant qu’il ne devienne célèbre, le roman oscille entre naturalisme, avec une description presque clinique des effets de la faim, et quelque chose de plus mystérieux, car il y a parfois une jouissance de la faim chez cet homme. C’est en s’engageant sur un bateau qu’il se libèrera de l’errance. Il n’est pas étonnant que ce texte ait été célébré aussi bien par Gide que par Breton.
Théâtre : Faim
Xavier Gallais a demandé au metteur en scène Arthur Nauzyciel de l’aider à donner force à son projet. Un épais tapis blanc recouvre le sol, évoquant les rues enneigées de Christiania. Dans un coin de la scène un distributeur automatique, dans l’autre un sapin de Noël, qui clignotera ironiquement à la fin de la pièce quand cet homme, qui s’est vu mourir tant de fois, dit adieu à Christiania et s’engage vers la vie. C’est probablement en pensant à ces SDF qui hantent désormais nos villes que Xavier Gallais a voulu dire ce texte, pour redonner parole et dignité à ceux que la rue, la misère et la solitude entraînent dans la déchéance physique et morale. Livre à la main, il semble lire le texte puis, comme brûlé par lui, l’incarne de plus en plus. Les yeux brillants, il fait alterner la souffrance, la recherche, d’abord raisonnée, puis obsessionnelle, de nourriture et d’argent, les délires, les sursauts de révolte, l’abandon, le refus de l’amour que lui propose, peut-être, une femme mystérieuse Ylajali. Passant des silences à une parole fiévreuse, il donne à sentir toutes les souffrances du personnage, mais aussi la force qui lui permet de continuer à faire entendre sa voix et sa pensée à l’heure où son corps vacille. Il est exceptionnel.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h

Théâtre du Lucernaire

53 rue Notre Dame des Champs, 75006 PARIS

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 57 34

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