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Un film de Alexander Sokourov (Russie)

"Faust" Sortie en salles le 20 juin 2012

Alexander Sokourov adapte ici, librement l’œuvre de Goethe. Il réinterprète radicalement le mythe.

Si Faust est un penseur, un rebelle, un pionnier, il est aussi un être de chair et de sang,

tenté par la luxure, victime de sa cupidité et offert à ses impulsions.

"Faust" est le dernier volet de la grande œuvre d’Alexander Sokourov, une tétralogie sur la nature du pouvoir, précédemment composée de "Moloch" en 1999, de "Taurus" en 2000 et de

"Soleil" en 2005.

Mais "Faust" qui vient en continuité de l’œuvre de Sokourov, est aussi une œuvre autonome et personnelle dont on découvre qu’elle a, avant d’exister, traversé la filmographie entière du grand cinéaste russe, tant par ses traits picturaux comme dans "La pierre" que par certaines caractéristiques des bandes sonores qui donnent vie à "Soleil" ou à "Moloch".

Mais s’il garde la ligne essentielle de l’œuvre de Goethe, il fait siennes les conceptions culturelles de ses écrits à propos de l’importance de l’art et de son impact vis-à-vis de la liberté individuelle et du développement collectif.

Les personnages principaux des trois volets de la tétralogie étaient Hitler, Lénine et Hirohito. Il s’agissait, en s’attaquant cette fois à un mythe, de lui donner une apparence. Et Sokourov, sans doute parce qu’il n’est pas un réalisateur allemand mais russe, en fait selon ses propres dires au final, plus un personnage de Gogol qu’un personnage de Goethe.

Le " Faust" de Soukorov n’est pas une mise en images de l’œuvre écrite. Dans le film, il ajoute au récit le père de Faust qui n’existait pas, partant de l’idée qu’il était difficile de comprendre le héros d’un film si on ne dispose pas d’informations sur l’histoire de sa famille, sur sa filiation, l’éducation qu’il a reçue.

Faust n’est plus "une fabrique de pensées" mais un être qui vit, bouge, mange et la scène d’ouverture du film qui met en présence Faust et Wagner face au cadavre d’un homme prêt à être autopsié, qu’ils observent et scrutent longuement, est révélatrice à travers les échanges des deux hommes. A la question de Wagner qui interroge Faust sur le fait qu’il ne parle que du corps et ne dise rien de l’âme, Faust répond " Je ne l’ai pas trouvée."

L’attention toute particulière que Sokorov porte aux espaces et aux atmosphères s’inspire d’une matrice récurrente dans l’œuvre de Goethe. Mais ils sont tout aussi proches de ceux de "Moloch" ou de "Soleil". Ambiances sombres, rigoureuses et dépouillées, lieux privés de lumière et de fenêtres qui font penser à une église du XIV° siècle, période où est née la première légende de Faust. Une église privée de la présence divine. Des lieux où Marguerite à la recherche de sentiments de réconfort et de salut, découvre qu’ils y sont impossibles.

Si Sokourov s’inspire de la peinture allemande, des tableaux d’Albrecht Altdorfer ou de Carl Spitzweg pour décrire ce monde et recréer le mythe de cette époque, son film n’en est pas moins foisonnant, vivant, respectueux des actions et des émotions des personnages.

Ce film superbe a obtenu un Lion d’or mérité au Festival de Venise 2011

Francis Dubois

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