Actualité théâtrale

Au théâtre Mouffetard

« Femme de Tchekhov » jusqu’au 21 novembre

Paula Brunet Sancho, la metteuse en scène, a été séduite par la lecture d’extraits de pièces de Tchekhov que lui avait faite un jour en tête à tête Catherine Aymerie. L’idée de ce spectacle était née. En effet Catherine Aymerie est capable non seulement de donner vie aux différents personnages féminins mais aussi de créer l’ambiance des pièces de Tchekhov. Elle est Lioubov Andréevna de La Cerisaie ou Anna Pretovna de Platonov, mais elle est aussi le souffle du vent, le tic-tac du balancier de la pendule du salon ou les grillons qui chantent les nuits d’été.

Les personnages féminins de Tchekhov sont tellement séduisants avec leur désirs, leurs passions, leurs faiblesses et leurs échecs, que pour une actrice les jouer tous peut apparaître comme un rêve. C’est pour le plaisir de les jouer que Catherine Aymerie a décidé de les réunir dans un montage d’une heure et quart. Certains regretteront de ne pas entendre une pièce de Tchekhov, même pas des extraits, mais une succession de monologues issus des plus grandes pièces de l’auteur russe. Qu’est ce qui pouvait bien relier la Nina de « La Mouette » qui se débat entre sa passion pour le théâtre et son amour pour un homme qui se sert d’elle et la délaisse très vite, la jeune Irina dans « Les trois sœurs », qui rêve de quitter la ville de garnison où elle habite pour retrouver la ville fantasmée de son enfance Moscou, Sonia, jeune amoureuse éperdue dans « Oncle Vania », Anna Pretovna, la veuve du général, désoeuvrée, alcoolique et lucide, héroïne de « Platonov » et surtout la Lioubov Andréevna de « La Cerisaie », aristocrate ruinée qui court à sa perte ? Et pourtant ce qui ressort c’est une vision étrangement claire du monde de Tchekhov et de ses personnages de femmes. Elles ne sont pas des héroïnes ; juste des femmes qui essaient de vivre avec leurs talents et leur défauts et n’y arrivent pas bien. On prend bien conscience de leurs point communs, elles cherchent l’amour et passent à côté sans le voir, elles souffrent de devoir faire le deuil de leur enfance, de leurs passions ou de leurs ambitions déçues, elles se désespèrent de voir leur vie passer sans avoir rien construit. En outre ce montage rend les textes éblouissants. Les moments de transition, les contingences liées à l’avancement de l’action disparaissent, il n’y a plus que la beauté des paroles les plus fortes. Il faut surtout rendre grâce à Catherine Aymerie qui porte ces voix, qui nous les souffle, qui dit même parfois les didascalies pour mieux nous introduire dans leur monde. Sur un plateau nu, un halo de lumière enveloppe la comédienne vêtue d’un ample manteau clair. Les variations de la lumière suffisent à nous faire passer de l’intérieur à l’extérieur, de l’été à l’automne et la voix envoûtante de la comédienne suffit à faire le reste, nous emmener dans l’intimité de chacune des « Femme de Tchekhov ».
Micheline Rousselet

Théâtre Mouffetard
73 rue Mouffetard, 75 005 Paris
du mercredi au samedi à 18h30
www.theatremouffetard.com
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur
réservation impérative) : 01 43 31 11 99

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