Actualité théâtrale

Au Théâtre 13 / Seine

"Femme de chambre" Jusqu’au 24 mars

Une jeune metteure en scène, Sarah Capony, qui adapte le roman d’un jeune romancier allemand Markus Orths, c’est la très bonne surprise, couronnée "Prix Théâtre 13" cette année et déjà "Prix du Jury et Prix du public 2012", que nous offre le Théâtre 13.

Tout juste sortie d’un hôpital psychiatrique, Lynn, maladroite et naïve s’adresse à un jeune hôtelier, la seule personne qu’elle connaisse dans la ville, pour obtenir un emploi de femme de chambre dans son hôtel dont l’enseigne lumineuse brille dans la nuit, en fond de scène, avec un nom si plein de promesses, l’Eden Hôtel. Déterminée, elle fait le ménage avec une précision maniaque, allant jusqu’à nettoyer les chambres inoccupées, ce qui désarçonne son patron, tout comme son refus de prendre des congés. Pourtant elle est loin de n’être qu’une employée soumise à l’esprit vide. Quand elle rencontre son thérapeute (très bon et drôle Gaëtan Vassart), censé l’aider, c’est elle qui le déstabilise et fait ressortir ce qu’ont de convenus et de peu sincères les mots qui s’échangent. Un jour, elle se laisse surprendre par l’arrivée d’un client, s’allonge sous le lit et écoute... Volonté d’échapper au vide de son existence et de celle de sa mère ou désir de vivre autre chose, elle s’allongera désormais à cette place tous les mardis. Cela va-t-il transformer sa vie ?

La mise en scène et la scénographie sont une grande réussite. Dans le vide de l’existence de Lynn, il y a un lit qui s’impose très en avant sur la scène, celui qu’elle fait avec un soin maniaque, sous lequel elle s’allonge et sur lequel plus tard, elle rencontrera Chiara, une prostituée (superbe Hélène Vivies) libre et magnifique, qui lui ouvrira les portes du rêve, de la sensualité, de la désillusion aussi. Une cabine téléphonique qui s’éclaire dans le noir relie Lynn à sa mère (Coco Felgeirolles). Cette façon de la faire sortir des ténèbres souligne l’ambiguïté du lien de Lynn à sa mère, désir d’échapper à la solitude, mais aussi peur de s’enfermer encore plus dans un monde vide. Au sol de la chambre des lignes tracées à la craie semblent enfermer le personnage dans sa routine.

Toute la distribution est très soignée, mais il faut surtout saluer la performance de Sarah Capony. Elle est Lynn, la bouche entr’ouverte, apparemment banale, inclassable, de celles que l’on croise tous les jours sans les voir. Elle exprime l’obstination de cette femme qui nous entraîne dans ses expériences, ses rêves et ses obsessions, sans parvenir à échapper à la solitude. Comme le dit l’actrice, « il y a du sourire dans son désespoir et de la comédie dans sa folie ». Et c’est très beau.

Micheline Rousselet

Mardi, jeudi et samedi à 19h30, mercredi et vendredi à 20h30, dimanche à 15h30
Théâtre 13 / Seine
30 rue du Chevaleret, 75013 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 88 62 22

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Ruy Blas »
    Cet été le château de Grignan se met à l’heure de l’Espagne du XVIIème siècle pour accueillir le drame romantique de Victor Hugo. La reine d’Espagne vient d’exiler Don Salluste qui a déshonoré une de ses... Lire la suite (21 juillet)
  • La nuit juste avant les forêts
    Tout d’abord, il y a le texte, dur, puissant, superbe, qui résonne fortement avec l’actualité. Et pourtant, Bernard-Marie Koltes l’a écrit et fait représenter dans le Off d’Avignon en 1977. Il ne sera... Lire la suite (20 juillet)
  • Alain Paris chante les fables de La Fontaine
    Est-ce l’horaire ? Est-ce le lieu très excentré près des remparts de l’Oulle ? Il y avait peu de monde pour ce joli spectacle et c’est bien dommage. Alain Paris chante les fables de La Fontaine,... Lire la suite (17 juillet)
  • Beaucoup de bruit pour rien
    La modernité de cette pièce écrite en 1600 est saisissante. Elle est accentuée par la mise en scène intelligente de Salomé Villiers et Pierre Hélie. L’action est placée dans un cadre qui évoque tout... Lire la suite (8 juillet)
  • « Dévotion, dernière offrande aux dieux morts »
    Clément Bondu, écrivain, poète, musicien et metteur en scène en résidence aux Plateaux Sauvages signe le texte et la mise en scène de ce spectacle dont il nourrissait le projet depuis plusieurs années... Lire la suite (3 juillet)