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Festival International du Film de La Rochelle 2012. Journal.

Lorsqu’on arrive à La Rochelle pour le Festival International du film qui fêtait cette année son 40ème anniversaire, on a déjà en poche sa programmation fin prête.

Elle sera de cinq projections quotidiennes, ce qui laissera peu de temps pour des promenades dans les ruelles ou sur le port de la ville.

Une ville si magnifique qu’elle peut s’accommoder de tous les temps et de toutes les lumières qui en résultent.

Le festivalier lui, saura faire face, sans se départir de sa bonne humeur, à une ondée subite en pleine file d’attente ou à l’éclaircie tout à coup caniculaire.

Le spectateur s’est mis dans la file d’attente une bonne heure avant le début de la projection. Il y a retrouvé des amis et les conversations vont bon train.

On se donne de ses nouvelles, des nouvelles des uns et des autres, mais on échange surtout à propos du festival. On recommande tel ou tel film provoquant la réaction d’un autre un peu plus loin, qui n’en "avait pas perdu une ", dont l’intervention apporte un bémol à la dithyrambe. La conversation s’engage et l’enthousiasme éclaire sur la motivation qui pousse ces centaines de personnes à se trouver là.

Il y a le cinéphile pur et dur qui connaît le cinéma sur le bout des doigts, qui peut citer la filmographie de tous les metteurs en scène à l’affiche, les derniers titres de la production cinématographique bolivienne, de celle du Tibet, parler en connaisseur du rebond du cinéma portugais.

Mais il y a surtout, dans ces files d’attente qui remplissent les salles en un clin d’œil, des curieux de cinéma, ceux qui avouent leur- relative- inculture et qui ne demandent qu’à être conseillés, renseignés, qui ne demandent qu’à voir.

Il y a des enseignants en nombre, des exploitants de salles et tous ceux qui savourent le plaisir des salles obscures avant d’aller bientôt poursuivre leur été au grand air de vacances exotiques et souvent lointaines.

Ils sont tous là, regroupés sous le regard mi- naïf, mi- malin de Charlie Chaplin présent sur des affiches géantes dans toute la ville, sur la couverture de la brochure du festival, sur les pass, sur les cartes postales…

Telle une sentinelle paisible et vigilante, il semble veiller sur les allées et venues, le respect des horaires, la qualité de l’accueil, la bonne humeur des bénévoles et des festivaliers comme il a dû vraisemblablement veiller à l’élaboration d’une programmation de haute qualité, mêlant à travers les deux cent cinquante films proposés, classiques, œuvres récentes, hommages, rétrospectives et découvertes.

Cette année, on pouvait voir dix longs métrages de Charlie Chaplin, vingt films de Raoul Walsh qui en réalisa 130 en cinquante ans de carrière, seize films où apparaissait l’actrice Anouk Aimée, sept films d’Agnès Varda, l’œuvre complète de Benjamin Christensen (Danemark 1879-1959), sept films de Teuvo Tulio (Finlande 1912-2000) inédits en France, les films de deux jeunes réalisateurs portugais Joao Canijo et Miguel Gomes, sept films d’animation que Pierre-Luc Granjon a réalisés pour les enfants et pour les autres de tous âges….

Ce à quoi il faut ajouter quarante films en avant-première ou inédits qui ont été projetés dans les festivals de Rotterdam ou Cannes, ici et ailleurs, souvent œuvres engagées, en prise directe avec la complexité de notre monde.

Cinq rééditions de John Cassavetes, trois films de la réalisatrice italienne très controversée des années soixante-dix, Lina Wertmüller, une carte blanche à la Cinémathèque de Bologne et six films pour célébrer les soixante ans de la revue Positif.

Par quel bout prendre une programmation aussi monumentale et quel film choisir pour entrer dans la danse ?

Arrivé le samedi, au lendemain de la fameuse soirée d’ouverture où l’on projetait cette année " Amour" de Michael Haneke en présence d’Emmanuelle Riva, je décide de commencer par un film de Philippe de Broca 1961, "Le farceur" avec Anouk Aimée et JP Cassel.

Aïe ! C’est une déception. La comédie qui a l’air d’être allée chercher du côté des comédies américaines de l’époque, passe à côté de son objectif et je découvre qu’Anouk Aimée, très belle, a besoin d’être solidement dirigée pour être une actrice convaincante.

Sitôt sorti de là, je cours jusqu’à la salle Bleue à la Coursive et je vois un film de Raoul Walsh de 1930, "La piste des géants" avec un John Wayne à ses débuts, juvénile et déjà efficace.

"Les jardins d’Anna" de Hadar Friedlich est une coproduction franco-israélienne toute en délicatesse sur la désintégration d’un Kibboutz vécue par une vieille femme qui, avec son mari défunt, a contribué à sa création.

A 20h 15, je découvre "Mimi métallo blessé dans son honneur" et du même coup, la tonalité créatrice de sa réalisatrice Lina Wertmüller . Je me pose la question de savoir pourquoi celle-ci fut si controversée. Ces films sont devenus, avec le temps, un vrai régal !

Le dimanche, je commence avec "Gagner sa vie " un film où le jeune réalisateur Joao Canijo dépeint la communauté portugaise en banlieue parisienne à la lumière d’un fait divers douloureux.

Je poursuis le marathon avec "Tu es entré dans mon sang" de Teuvo Tulio 1956. Le réalisateur finlandais excelle dans le mélo et son actrice fétiche vaut à elle-seule le détour.

J’en sors ravi avant d’enchaîner avec un autre Raoul Walsh "Les implacables" avec Clark Gable, chargé de convoyer un gigantesque troupeau depuis le Texas jusqu’au Montana. Il est soutenu dans sa mission par la présence de Jane Russel et il aura maille à partir avec Robert Ryan. Superbe western dans la meilleure tradition du genre.

Je retape au truc, tout- de suite après avec un autre mélo de Teuvo Tulio, un film tourné en 1944 et je ne suis pas déçu. Le titre est éloquent. Le film s’appelle "C’est ainsi que tu me voulais". Un sommet dans l’histoire du mélodrame. J’oubliais de dire que chez ce réalisateur finlandais, la photographie est magnifique.

Séduit par la tonalité de ses films et histoire d’en avoir le cœur net, je vais voir à 22h, "La criminelle" du même Teuvo Tulio. Je ne saurais que recommander, s’ils sortent en salles, d’aller voir au moins un de ces magnifiques mélos.

On est lundi et le hasard a voulu que je ne puisse jamais voir "Model Shop" sur grand écran.

En en sortant, moi qui tiens Jacques Demy pour un de nos plus grands cinéastes, je me dis qu’il aurait pu faire l’économie de ce "crochet" par les États-Unis. Il y aura perdu momentanément son âme et Anouk Aimée a tout oublié de son personnage magnifique de Lola dans " Lola".

A 14h 30 je vais voir "La grande évasion" de Raoul Walsh. Le film date de 1941. Le scénario est de John Huston et le duo Humphrey Bogart-Ida Lupino fait merveille.

"Mal née" qui vient tout de suite après à dix-sept heures est un autre film du jeune réalisateur portugais Joao Canijo. C’est l’adaptation contemporaine de l’ Electre d’Euripide et c’est réussi.

Pour faire contraste, je reviens vers Raoul Walsh à 20h et je vois " La vallée de la peur" . C’est une vraie curiosité que ce western psychanalytique, cette fresque cosmique et cette fois-ci c’est Robert Mitchum qui s’y colle.

A 22h 15 "Les années difficiles" de Luigi Zampa 1948 me réjouit. Le film retrace les difficultés d’un petit employé municipal dans les années Mussolini. Il y a dans ce film toutes les promesses tenues du cinéma italien.

On est mardi et je commence par une comédie savoureuse de Lina Wertmüller "Chacun à son poste et rien ne va". Les rêves de réussite de quatre jeunes italiens venus s’installer à Milan vont se voir confrontés à la grande ville et à la modernité. Il faut absolument que les films de cette réalisatrice tombée aux oubliettes ressortent.

On savait, mais on l’a peut-être un peu oublié, que Jacques Becker était un grand cinéaste.

"Montparnasse 19" qu’il réalisa en 1958 avec Gérard Philipe, Anouk Aimée et Lili Palmer est un pur plaisir. Le film retrace les années noires que connut Modigliani dans un Montparnasse qui niait son talent. Anouk Aimée, cette fois bien dirigée, est remarquable.

"Trois sœurs" du réalisateur argentin Milagros Munenthaler, n’a rien à voir avec la pièce éponyme de Tchekov. Marina, Sofia et Violeta se retrouvent dans la maison familiale qui les a vues grandir alors que l’aïeule qui les a élevées vient de mourir. Une situation qui va favoriser les doutes plus que leurs certitudes.

Changement de registre avec "Old Dog" un film tibétain. La lenteur qu’on reproche à certains films est ici totalement justifiée. Pour rien au monde et surtout pas contre de l’argent, le vieux berger ne veut se séparer de son vieux chien qui appartient à une espèce prisée parce qu’elle est en voie de disparition.

En voyant ce film, je me posais la question de savoir ce que pourrait penser Pema Tseden, son réalisateur s’il était, par hasard un jour, confronté à une projection de " Bienvenue chez les Chtis" Y verrait-il quelque chose qui a à voir avec le cinéma ?

Mercredi, je commence par un film oublié de Michaël Cacoyannis "Stella femme libre" avec la merveilleuse Mélina Mercouri.

On y danse le sirtaki, on y chante. C’est un plaisir d’un bout à l’autre. C’est un très beau portrait de femme. Le film va ressortir bientôt.

A 14h, je revois presque soixante ans après, "Pain, Amour et fantaisie" Je ne l’ai jamais vu entre temps. Pas une ride ! Vittorio de Sica est grandiose, Gina Lollobrigida épatante et le film annonce la grande époque du cinéma italien.

A 17h, "Fantaisie Lusitanienne" est un documentaire austère et efficace de Joao Canijo réalisé à partir d’images d’archives et de témoignages sur le Portugal protégé par son apparente neutralité pendant le seconde guerre mondiale.

" Augustine" était présenté en avant-première dans le cadre de la soirée organisée par le Conseil Général . Ce premier film d’une jeune réalisatrice dont le nom n’est peut-être pas à retenir est sans intérêt. La présence de Vincent Lindon ou celle de Chiara Mastroiani ( très bien) ne sauvent pas du naufrage cinématographique l’histoire du Professeur Charcot s’intéressant à l’hystérie.

A 22h, "The Strawberry Blonde" qui date de 1941 n’est peut-être pas le meilleur des Raoul Walsh parmi ses films présentés. On y reconnaît dans un second rôle sans grand relief Rita Hayworth.

Jeudi, un autre Raoul Walsh datant de 1942, "Gentleman Jim" avec un très étonnant Errol Flynn. San Francisco, 1880. Un petit employé de banque devient le plus grand boxeur de sa génération. Ce qui est à retenir de la grande carrière de Raoul Walsh est, outre son indéniable talent, la grande diversité des sujets qu’il aborde.

A 14h, un autre film de Lina Wertmüller "Film d’amour et d’anarchie". Celui-là vient confirmer le talent très singulier de la réalisatrice italienne. La tenancière d’une maison close de Bologne recueille un cousin qui est en fait un camarade anarchiste.

Giancarlo Giannini qui joue dans tous les films de la réalisatrice aurait mérité de devenir un grand nom du cinéma italien ! Il l’est peut-être en Italie.

"Chaussures noires" est un autre film de Joao Canijo. Le film d’inspiration trash est sans concessions. L’image est quelque fois dure à supporter si bien qu’après une scène sanglante, beaucoup de spectatrices ont quitté la salle. Dommage. Car celles qui ont déserté la projection

ne sauront pas pourquoi le film porte ce titre !

"Unfair World" est un film grec de tonalité très singulière mais très attachant. Le sujet mêle le social au policier et l’atmosphère du récit qui est très forte n’exclut pas l’humour.

Le personnage principal est magnifiquement interprété.

Suit à 22heures un film de Raoul Walsh : "Une femme dangereuse" avec Humphrey Bogart dans son dernier second rôle, Georges Raft et Ida Lupino.

Cette histoire de camionneurs est un drame passionnel, la description d’un univers où se côtoient des hommes déterminés et des femmes énergiques.

Vendredi matin, à 10h 45, c’est "Le général de l’armée morte" un film de Luciani Tovoli que Michel Piccoli produisit et qui fut à sa sortie, malgré la présence de Marcello Mastroiani au générique, un échec.

Michel Piccoli était présent dans la salle pour en parler. C’est un beau film grave et plein d’humour. Il confirme que mal dirigée, Anouk Aimée est une médiocre comédienne. Dans ce film, elle semble être là pour faire la promotion d’une marque célèbre de bijoux ou de cosmétiques.

"La gueule que tu mérites" de Miguel Gomes, qui suit, n’est pas un film qui restera dans les annales. On se lasse très vite de l’histoire de ces personnages qui s’efforcent d’appartenir à un conte mais ne traversent jamais le miroir.

Une ou deux déceptions ne gâtent pas tout un festival…

Même si le film qui suit " Bestiaire " du cinéaste Denis Côté n’est pas non plus une réussite. Faute de savoir enrichir sa réalisation plate, le cinéaste met toute l’originalité dans des cadrages très recherchés.

On pense à "Bovines " d’Emmanuel Gras, sorti en février dernier et on sait, quand on l’a vu, ce que c’est que de filmer des animaux.

"Lien de sang" un autre film de Joao Canijo est aussi une adaptation contemporaine d’Electre.

Le réalisateur a malheureusement ici, chaussé des chaussures à semelles de plomb !

Je regrette pour ce dernier soir de ne pas être allé voir "Une femme sous influence" de John Cassavetes. Dommage.

Samedi, dernier jour.

A 10h 30, je vois "Djeca – Enfants de Sarajevo" Rahima et son jeune frère, Nedim, 14 ans sont deux orphelins de la guerre de Bosnie. Rahima a trouvé refuge dans l’islam. Elle espère que son frère qui est sur le chemin de la délinquance, va finir par la rejoindre.

Elle se bat pour garder la tête hors de l’eau.

Pour clore, j’ai pensé qu’il fallait un mélo flamboyant de Raoul Walsh et j’ai opté pour "L’esclave libre" avec Clarke Gable, Yvonne de Carlo et Sidney Poitier. Même si j’ai vu le film cinq ou six fois déjà, mon plaisir est intact.

Voilà. Il ne me reste plus qu’à faire ma valise et rendre les clés du studio. Avant d’aller prendre mon train, je fais un détour par l’exposition Hervé Di Rosa. Elle est magnifique.

L’Espace Encan où elle se situe est derrière l’Aquarium, dans la zone industrielle, l’autre La Rochelle. Mais de là on peut encore voir les tours du port.

Les quarante films que j’ai vus ne représentent que le sixième de la programmation totale et je rate une fois de plus la nuit blanche qui, cette année était constituée de films avec Sylvana Mangano.

Et une fois de plus j’aurai raté le petit déjeuner sur le port, à sept heures du matin…

Francis Dubois

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