Autour du Jazz

JAZZ

« Film of life », Tony Allen Une musique du siècle

Tony Allen est batteur et non pas percussionniste. La nuance semble subtile mais elle est d’importance. La batterie est un instrument créé par et pour le jazz. Elle n’existe dans aucune autre musique. Elle est la résultante de la fusion de cultures sur le sol américain. Un instrument emblématique du jazz.

Tony Allen s’est fait connaître aux côtés de Fela pour forger l’afrobeat qui s’inspire à la fois des grands orchestres de jazz des années 30-40 – cette période unique où le jazz fut populaire parce que dansant – et de ces rythmes africains qui font, eux aussi, danser. Peut-on en déduire qu’une musique populaire, même si elle est savante, ne peut l’être que si elle fait bouger les corps pour des rapprochements nécessaires que la morale dominante réprouve ?

Cet album a un titre en forme de testament « Film of Life », une vie qui défile pour ce batteur de 70 ans autodidacte influencé par les grands batteurs de jazz que sont Art Blakey, Max Roach en particulier. Tony Allen le dit bien dans le titre d’ouverture, « Moving On », où il passe en revue ses 9 albums précédents, sur une musique entraînante qui devrait se faire entendre dans toutes les boîtes branchées. La voix même de Tony Allen est un argument supplémentaire, une voix qui semble venir de là-bas, des souffrances de l’enfer, avec ce qu’il faut de décontraction pour accentuer la révolte.

Cet album, « Jazz Village », a été produit par des musiciens français, un trio « The Jazzbastards » - Ludovic Bruni, Vincent Taeger et Vincent Taurelle – qui ont fait appel à de jeunes musiciens français pour montrer que cette musique est aussi la leur. Ils n’ont pas hésité à inviter Manu Dibango véritable inventeur de cet afrobeat. La boucle est ainsi bouclée.

Il reste que certains plages sont trop attendues, trop copiées-collées comme on dit aujourd’hui et manquent de cette chaleur qui est le propre de cette musique.

Pas toujours facile d’entrer dans la modernité…

Il reste que l’afrobeat demeure une des musiques de notre temps, musique de toutes les couleurs de la révolte contre les dictatures, les remises en cause de la démocratie, de la liberté, musique de notre commune émancipation.

Nicolas Béniès.

« Film of life », Tony Allen, Jazz Village/Harmonia Mundi.

PS Tony Allen sera présent le 3 décembre au festival Worldstock aux Bouffes du Nord à Paris.

Autres articles de la rubrique Autour du Jazz

  • « Rhapsodie », Gaëtan Nicot Quartet
    Les pianistes d’aujourd’hui sont soumis à des vents d’influence qui soufflent follement. Difficile de les ignorer. Tempêtes, orages que sont Bill Evans et Keith Jarrett en particulier ou les... Lire la suite (9 janvier)
  • « Intermezzo »
    Sarah Lancman avait défrayé la chronique avec un premier album. « Intermezzo », un titre adapté au deuxième album qu’elle signe, est une rencontre avec le pianiste Giovanni Mirabassi pour un répertoire... Lire la suite (8 janvier)
  • « Les disques de la Victoire, American Army V-Discs 1943-49 »
    Le 75e anniversaire du débarquement a suscité une débauche de manifestations pour glorifier la Libération. La musique a été oubliée de même qu’un travail de mémoire pourtant toujours utile. Plutôt que de... Lire la suite (Décembre 2019)
  •  Woody Herman, New York, Hollywood, Monterey
    La collection « Quintessence » dirigée par Alain Gerber (Frémeaux et associés) fait toujours la preuve d’un choix affiné dans la présentation d’un artiste partie prenante des mondes du jazz. La... Lire la suite (Décembre 2019)
  • Thomas Mayeras trio « Don’t Mention It »
    Un trio piano, Thomas Mayeras, contrebasse, Nicola Sabato – digne représentant de ses aînés, Ray Brown en particulier -, batterie, Germain Cornet – héritier du batteur Charles « Lolo » Bellonzi -, du... Lire la suite (Décembre 2019)