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Un film de Pierre Carles (France)

"Fin de concession" Sortie en salles le 27 octobre

Voilà un film à la distribution alléchante puisque y ont participé de façon plus ou moins volontaire, Hervé Bourges, Jean-Marie Cavada, Michèle Cotta, Jean-Pierre Elkabbach, Franz-Olivier Giesbert, Elise Lucet, Etienne Mougeotte, Bernard Tapie, Audrey Pulvar, Charles Villeneuve, Arnaud Montebourg, Jean-Luc Mélenchon et, dans le rôle de "L’arlésienne" Jacques Chancel…
Pierre Carles avait souhaité rencontrer ces journalistes et, accessoirement, des hommes politiques qui avaient pour la plupart d’entre eux été les témoins de la privatisation de la première chaîne de la télévision française et recueillir leur sentiment à propos du fait que TF1-Bouygues ait pu voir sa concession renouvelée automatiquement depuis 1987, sans qu’il n’y ait eu aucun contrôle et qu’aucune commission, contrairement à ce qui avait été annoncé, n’ait jamais statué sur une reconduction ou non du contrat…

Pierre Carles pousse les journalistes dans leurs retranchements mais ceux-ci se dérobent de multiples façon soit en refusant l’interview avec plus ou moins d’élégance (Tapie, Elkabbach, Audrey Pulvar) soit en jouant habilement avec les questions (Cavada, Elise Lucet) soit en prétextant à chaque fois un empêchement (irrésistible Jacques qui va jusqu’à prétexter qu’il est contagieux !)
Il n’est pas certain que le film aurait été meilleur si les journalistes du PAF s’étaient prêtés au jeu et leur refus, leurs colères face aux pièges tendus, leurs collaborations douceâtres sont là pour révéler, bien plus qu’un aveu, leur soumission au pouvoir.
David Pujadas est, indéniablement la vedette du film. Il est un bon choix car il jouit auprès du public d’une réputation de journaliste faisant honnêtement son travail. Il est dans sa tonalité beaucoup plus adroit que Jean-Pierre Pernaut dont les convictions sont immédiatement lisibles à travers ses prises de position partisanes. La technique de Pujadas, plus sournoise, consiste à minimiser les conflits sociaux et à accorder de l’importance aux informations institutionnelles, au sport, au fait divers et à tout ce qui touche au "people". Pierre Carles réussit, avec ce personnage lisse, à l’amener à dénoncer lui-même sa vocation et son talent de cireur de pompes du pouvoir. La scène où Pierre Carles et ses compères surprennent le journaliste et lui décernent, sur le trottoir, la "laisse d’or", en le montrant fuyant quand le groupe de joyeux farceurs transforme son scooter noir en scooter d’or à l’aide d’une bombe de peinture, dénonce à travers sa veulerie, toute la domestication dont il est capable.
C’est ainsi que Pierre Carles réussit à dénoncer la capacité à mentir et à se soumettre de tous ces hommes à travers leurs esquives, leurs simulacres et cette langue de bois qu’ils savent si bien pratiquer.
"Fin de concession" est en apparence un film potache mais c’est à y voir de plus près un document précieux sur cette faune singulière, méprisable et oh combien redoutable…
Francis Dubois

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