Autour du Jazz

Un travail de paysan, semer le passé pour récolter l’avenir

Fincker/Touery quartet « Farm Job hokkaïdo rush »

Des musiques oubliées un temps peuvent, soudain, se trouver affublées d’une actualité. Comme une re-naissance, naissance qui est liée à un travail de fécondation avec toutes les musiques qui ont suivi. Ainsi en est-il d’un quartet mené par Keith Jarrett entre 1973 et 1977, en compagnie de Charlie Haden à la contrebasse, Paul Motian à la batterie et l’invraisemblable Dewey Redman au saxophone ténor, que label Impulse avait enregistré. Une musique actuelle de ces années étranges, faite de feux et de toutes les flammes de l’imagination, occultée par le succès public – un des albums les plus vendus au monde – du « Köln Concert » sous le label ECM. Ce quartet à la douceur violente se devait d’avoir une descendance. Il a fallu attendre.

Jazz : Fincker/Touery quartet

Aujourd’hui c’est chose faite notamment avec ce quartet Robin Fincker, saxophone ténor, clarinette, compositions/Julien Touery, piano, compositions en compagnie pour ce « Farm Job hokkaïdo rush », de Maxime Delporte, contrebasse et Fabien Duscombs, batterie. Le titre fait référence à la deuxième grande île, Hokkaido, qui compose le Japon, façon de dire que l’influence de la musique japonaise est revendiquée, qui vient féconder l’apport du quartet de Keith Jarret. Coltrane est aussi passé par-là tout autant que Miles Davis et Dave Liebman. Mais aussi la « West Coast », par l’intermédiaire de Charlie Haden, Monk toujours incontournable (« Strumming Music ») et, sans doute, beaucoup d’autres.

Tous ces apports sont digérés pour construire une musique résolument de notre temps qui ne copie pas ses ancêtres. Robin Fincker a le phrasé, le son et l’énergie pour faire vivre cette musique, Julien Touery a quelque fois du mal à se dégager de Keith Jarrett mais sa lutte de tous les instants rend sa quête crédible, Maxime Delporte a beaucoup écouté Haden qu’il n’essaie pas de mimer et Fabien Duscombs a puisé chez Motian tout en cherchant sa propre voie. On l’aura compris, ces musiciens sont aussi des arpenteurs.

Plongez-vous dans « Farm Job » pour y trouver de quoi espérer de la mémoire du futur. Et des impasses.

Nicolas Béniès

« Farm Job hokkaïdo rush », Fincker/Touery quartet, Petit Label, rens. www.petitlabel.com

Autres articles de la rubrique Autour du Jazz

  • "Dreaming drums, le monde des batteurs de jazz"
    Noël est passé mais pas le temps des cadeaux. Un livre de photos paru à la fin de l’année veut nous faire rêver. Heureusement ! Il nous fait entrer dans le monde des « batteurs de jazz ».... Lire la suite (14 février)
  • Pour Kurt Weill, des chansons éternelles.
    Qui ne connaît « Mack the Knife », « Moritat » dans la version allemande ? Au moins la version de Louis Armstrong, de Ella Fitzgerald à Berlin en 1961, de Sonny Rollins – dans l’album « Saxophone... Lire la suite (Décembre 2018)
  • Aretha Franklin, Intégrale 1956-1962
    « Re » - son diminutif – nous quittée cette année en plein mois d’août (le 16 exactement), elle qui n’a jamais voulu passer inaperçue, un comble. Frémeaux et associés a publié ce début d’anthologie... Lire la suite (Décembre 2018)
  • « French Keys », Daniel Goyone
    Daniel Goyone, pianiste et compositeur, a tout d’un illusionniste. Les pièces qu’il propose, comme celles de Morton Feldman – à qui une des compositions est dédiée – se lisent en rupture avec tous les... Lire la suite (Décembre 2018)
  • Christophe Imbs
    Les influences des jeunes musiciens d’aujourd’hui sont multiples. Pourquoi choisir ? Christophe Imbs, pianiste et compositeur, a décidé d’emmêler toutes les musiques pour faire surgir l’inattendu.... Lire la suite (Décembre 2018)