Actualité théâtrale

Jusqu’au 22 juin au Théâtre de La Reine Blanche

« Fission »

À la fin de la guerre, en 1945, les six principaux responsables du projet allemand de bombe nucléaire sont capturés par les Américains et placés en secret dans un manoir, Farm Hall en Grande-Bretagne, pour éviter que les Soviétiques ne les récupèrent. Leurs conversations sont écoutées et seront retranscrites et publiées plus tard. Certains d’entre eux s’en doutaient, d’autres très naïfs n’y croyaient pas. Le bombardement d’Hiroshima les surprend. Ils y voient leur échec, à la fois scientifique - les meilleurs physiciens étaient Allemands dans les années trente et ce sont eux qui ont découvert la fission - et politique.

Théâtre : Fission

C’est sur leurs discussions que se sont appuyés le physicien, ancien professeur à l’Université Pierre et Marie Curie, Jacques Treiner et son fils Olivier pour écrire Fission .

Ils ont retenu les propos de quatre des six hommes enfermés à Farm Hall et leur ont adjoint ceux de deux autres physiciens éminents qui avaient dû fuir l’Allemagne parce que Juifs : Edward Teller, parti aux États-Unis, très anticommuniste, qui sera le père de la bombe H et Lise Meitner, co-découvreuse de la fission avec le chimiste Otto Hahn, qui fut contrainte de se réfugier en Suède, loin de son labo et de ses équipes. Seul ce dernier aura le prix Nobel en 1944, Lise Meitner n’aura que le Prix Enrico Fermi beaucoup plus tard.

Dans leurs discussions s’affrontent des personnalités, des points de vue, des questions d’éthique et de politique passionnantes. Quelle est la responsabilité du scientifique ? Ceux qui ont découvert la fission qui a permis la bombe portent-ils la responsabilité de Hiroshima et Nagasaki ? Le découvreur est-il responsable des usages faits de sa découverte ? Peut-on continuer à travailler sur des sujets sensibles dans une dictature ? Fallait-il refuser et partir en abandonnant le travail en cours ou se soumettre « pour la science » en tentant de sauver quelques chercheurs Juifs ?

La mise en scène est un peu sage et austère, mais les propos sont si passionnants et les acteurs si convaincants qu’on ne peut que conseiller aux professeurs de sciences et de philosophie d’y entraîner leurs élèves. Ce n’est pas souvent que l’on a l’occasion de voir traiter des sujets scientifiques au théâtre et c’est la vocation du Théâtre de La Reine Blanche. Allez y découvrir Fission  !

Micheline Rousselet

Le mercredi 18 et le vendredi 20 mai à 21h, en juin tous les mercredis et vendredis à 21h, tous les dimanches de mai et juin à 17h

Théâtre de La Reine Blanche

2 bis Passage Ruelle, 75018 Paris

Réservations : 01 40 05 06 96

Se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • Beaucoup de bruit pour rien
    La modernité de cette pièce écrite en 1600 est saisissante. Elle est accentuée par la mise en scène intelligente de Salomé Villiers et Pierre Hélie. L’action est placée dans un cadre qui évoque tout... Lire la suite (8 juillet)
  • « Dévotion, dernière offrande aux dieux morts »
    Clément Bondu, écrivain, poète, musicien et metteur en scène en résidence aux Plateaux Sauvages signe le texte et la mise en scène de ce spectacle dont il nourrissait le projet depuis plusieurs années... Lire la suite (3 juillet)
  • « Comment ça va ? »
    Cette question appelle toujours ou presque la même réponse « Bien » ! Pourtant quand on est une comédienne qui vient d’avoir cinquante ans, qu’on a un mari informaticien au chômage et un fils adolescent... Lire la suite (26 juin)
  • « 107 ans »
    Simon a tout de suite aimé Lucie quand il l’a rencontrée dans la cour de récréation et qu’elle lui a parlé de Jane Austen. Simon, assis à une table devant une feuille de papier, se souvient de Lucie qui,... Lire la suite (26 juin)
  • « La vie de Galilée »
    La pièce, écrite par Brecht en 1938 et retravaillée jusqu’aux années 50, suit la vie de Galilée astronome, mathématicien et physicien italien du XVIIème siècle. Toujours avide de mettre au point de... Lire la suite (17 juin)