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Un film d’Adolpho Arrietta (France 1978)

"Flammes" Sortie en salles le 17 avril 2013.

Adolpho Arrietta est aujourd’hui en France comme en Espagne, une cinéaste méconnu alors que son nom devrait figurer en bonne place auprès de ses "frères de cinéma" que sont Jean Eustache, Rivette, Garrel, Schroeter ou, d’un peu plus loin, Biette, Guiguet ou Vecchiali.

En 1964, à vingt-deux ans, il réalise un premier court-métrage " Le crime de la toupie" mais c’est en 1969 que Marguerite Duras découvre "Le jouet criminel" qui réunit au générique Jean Marais et Florence Delay. Une "distribution" qui ne modifie pas pour autant ses règles de travail. Ses films sont autoproduits, réalisés sans scénario écrit et le montage s’effectue au fur et à mesure du tournage.

C’est après sa rencontre avec Marguerite Duras qu’il réalise dans l’appartement de l’écrivain, un film inspiré du Marquis de Sade, " Le château de Pointilly" avec une habituée de café de Flore : Françoise Lebrun qui deviendra une des interprètes de "La maman et la putain" d’Eustache.

Dans le sillage de mai 68, Arrietta devient le premier cinéaste underground dont l’univers se peuple de nouveaux anges, ses amis travestis.

En 1978, Adolpho Arrietta réalise "Flammes" dans des conditions plus proches de la production traditionnelle : il n’est plus son propre producteur et le scénario est écrit plusieurs mois auparavant. Mais il y conserve ses thèmes de prédilection, l’angélisme, le jeu et le travestissement, le fétiche et la pyromanie…

Barbara, une petite fille d’une douzaine d’années, vit dans une vieille maison, auprès de son père et de sa préceptrice. Une nuit, elle fait un rêve : un pompier pénètre dans sa chambre.

Devenue une jeune femme, Barbara échappe à sa double tutelle en faisant le tour du monde.

Mais elle finit par revenir dans la maison du père pour retrouver ses rêves d’enfant.

Un jour qu’à l’occasion d’un incendie des pompiers interviennent, elle en capture un et l’enferme avec elle dans sa chambre.

"Flammes" est un film hanté par des fantasmes, visité par des fantômes, porté par un goût pour un héritage littéraire décadent. Mais c’est aussi un film qu’une grâce cinématographique ramène à un certain réalisme, une certaine douceur. L’atmosphère y est à la fois ténébreuse et enjouée, limpide et inquiétante et le choix de Caroline Loeb pour interpréter Barbara est des plus heureux.

Son joli visage cache derrière l’angélisme une force contraire, une sorte de perfidie, de rouerie

vengeresse. On ne saura jamais si le pompier qui occupe clandestinement sa chambre existe réellement ou s’il est le fruit de son imagination flirtant avec la folie.

" Flammes " est une œuvre à la fois classique et d’une grande originalité qui témoigne à elle seule de l’inventivité et des audaces du cinéma des années soixante-dix.

Il s’en dégage, derrière un charme de conte de fée, avec une rigueur narrative et de construction, autant de force de contestation liée à l’époque, que de poésie.

Un cinéaste à découvrir absolument.

Francis Dubois

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