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Un film de Laurent Cantet (France-Canada)

"Foxfire, confession d’un gang de filles" Sortie en salles le 2 janvier 2013

En 1955, habitant un quartier populaire d’une petite ville des États-Unis, cinq adolescentes plus ou moins délaissées par leurs familles, révoltées et avides d’indépendance, concluent un pacte "à la vie à la mort". Elles appartiendront quoiqu’il advienne au gang "Foxfire" au sein duquel, elles vivront à la marge selon leurs propres règles.

Toutes les cinq n’appartiennent pas au gang pour les mêmes raisons mais c’est sans aucun doute le charisme du personnage de Legs et sa détermination qui auront été l’élément moteur, le déclenchement de leur association.

Le projet de se constituer en un groupe solidaire repose sur d’autres raisons, celle de se protéger du machisme ambiant, du désir qu’elles inspirent aux hommes, celle de constituer une famille qui leur a fait défaut, celle de vivre en toute indépendance en privilégiant leurs propres choix.

Chacune des filles qui constituent le groupe où se côtoient des personnalités diverses, voire contrastées, insuffle aux autres sa force et sa propre forme de détermination.

Le film de Laurent Cantet, adapté d’un roman de Joyce Carol Oates, et qui est, puisqu’il a conservé l’époque (le milieu des années cinquante), son premier film "d’époque" semble très lent à démarrer. Il semble, dans un premier temps, peiner à définir les caractéristiques de ses personnages (en dehors de celui de Legs), les motivations réelles des protagonistes, leurs projets et objectifs.

Son récit n’est pas à la recherche d’un rythme, d’événements saillants ni même de vraisemblance et il semble avoir passé un pacte avec une histoire qui s’alignerait sur les mêmes tâtonnements que les jeunes filles quand elles ont à définir quelle orientation elles vont pouvoir donner à l’usage de leur liberté pour qu’elle les satisfasse.

Laurent Cantet se joue des invraisemblances. Il ne justifie nullement, pour des adolescentes, et cela ajoute à la singularité et à la tenue du récit, l’acquisition d’une voiture qu’elles pilotent sans permis ou la location d’ une maison sans l’intervention d’un adulte garant.

Il laisse planer un doute sur l’innocence, la candeur ou le statut déjà engagé de hors-la-loi de ses personnages, sur une maturité d’adulte ou une immaturité liée encore à l’enfance, animée d’une volonté délibérée mais encore imprécise.

Et ce n’est que lorsque l’argent manquera pour payer le loyer ou acheter de la nourriture, que le groupe de filles deviendra réellement un gang. Mais elles le deviendront de façon instinctive et les moyens de gagner de l’argent s’imposeront à elles comme une évidence sans qu’elles aient eu besoin de références ou d’exemples pour inventer les pièges auxquels elles vont regarder se laisser prendre, les hommes bons à détrousser.

On comprend mieux dans la seconde moitié du film les raisons pour lesquelles Laurent Cantet a fait le choix de ne pas brûler les étapes et cet éclairage qui rejaillit sur la première moitié, fournit toutes les justifications.

Si, pour deux de ces filles, Foxfire était une parenthèse, que seront devenues les autres qui auront gardé le cap de la marginalité ?

Laurent Cantet va jusqu’au bout de son récit quitte à passer par la scène cliché des retrouvailles par hasard de deux échappées du groupe.

L’une est devenue une belle femme qui semble avoir réussi dans la "légalité" et l’autre flanquée d’un gamin, a fait le choix d’une existence ordinaire.

Un film totalement maîtrisé dont la singularité tient autant à l’étrangeté du sujet qu’au traitement qui en est fait, qu’à un casting fonctionnant parfaitement.

Francis Dubois

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