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Un film de Samuel Maoz (Israël)

« Foxtrot » Sortie en salles le 25 avril 2018.

Michaël et Dafna qui sont mariés depuis trente ans vivent confortablement dans un magnifique appartement d’architecte du centre de Tel-Aviv. Ils ont deux enfants, Alma encore adolescente et Yonatan qui effectue son service militaire sur un poste frontière en plein désert.

Un matin, des soldats se présentent chez le couple pour leur annoncer la mort de Yonatan, tué au combat.

La nouvelle les accable et Michaël s’égare dans un état de demie folie alors que Dafna, sous tranquillisant, a plongé dans le sommeil.

Mais subitement, retournement de situation. Il y a eu erreur sur la personne et ce n’est pas Yonatan leur fils qui est mort mais un homonyme.

Cependant, la nouvelle du décès a été tellement foudroyante que tant qu’ils n’auront pas revu leur fils vivant, les parents restent sur l’idée du deuil.

Cinéma : Foxtrot

Le film de Samuel Maoz à qui l’on doit «  Lebanon  » qui remporta en 2009 le Lion d’Or au festival de Venise, se distribue en trois parties.

Une première partie qui se focalise sur le personnage de Michaël, le père, dans les moments qui font immédiatement suite à l’annonce de la nouvelle de la mort du fils. Une seconde partie porte sur le fils Yonatan en faction dans le poste frontière et une troisième, sur le personnage de Dafna, la mère.

Trois parties qui proposent chacune, trois moments émotionnels contrastés autant par les décors, l’humeur que par l’atmosphère de l’épisode.

L’objectif étant pour Samuel Maoz, dans un premiers temps, de déstabiliser le spectateur, dans un second temps de l’hypnotiser et dans un troisième, de l’émouvoir.

Une répartition en trois parties qui permet au récit d’aller au plus près de la structure d’une tragédie grecque classique et qui permet également de maîtriser le sujet à la fois sur le plan du contenu et sur le plan de la forme.

La première et la troisième partie se déroulent dans l’appartement de la famille Feldman.

L’aspect un peu froid et géométrique des motifs décoratifs reflète la personnalité du père et les volumes de l’habitation témoignent de sa réussite professionnelle.

Un « édifice » qui est sensé représenter une forteresse de protection ne suffit bientôt plus à remplir sa fonction à l’annonce de la terrible nouvelle et jusqu’au moment où d’autres fissures se précisent, qui proviennent d’une ancienne blessure profonde.

Dans la troisième partie qui s’attache à la mère, les masques sont déjà tombés. Dès lors il ne sert plus à rien d’étaler sa réussite et sa richesse. Le prestige cède la place à la simplicité et à une vraie intimité entre Michaël de Dafna, à une tonalité de rapports plus tendre et complice.

Si la première et la troisième partie sont caractérisées par un style réaliste, dans la seconde qui se passe dans le périmètre du poste frontière, le film bascule dans une esthétique onirique, presque surréaliste avec l’image du désert, du chameau qui traverse à plusieurs reprises la frontière et obéit à une logique de rêve ou d’une hallucination. Une partie dans laquelle il ne se passe que peu de choses sur la plan narratif et où l’ennui et l’attente pesants constituent l’élément principal.

Le thème du deuil est fréquemment traité dans la culture israélienne (Le roman de David Grossman, «  Une femme fuyant l’annonce  ») mais il est traité ici sous un angle nouveau, celui du hasard qui commande aux vies. Sous l’effet du deuil vite désamorcé, le sujet va vers d’autres enjeux auquel il apporte un éclairage inattendu.

Un film très fort dont la profondeur contraste avec son titre « dansant », un foxtrot à la chorégraphie légère mais dont la gravité tient au fait que c’est une danse où l’on revient inlassablement au point de départ.

Francis Dubois

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