Actualité théâtrale

Jusqu’au 8 décembre au Théâtre de Belleville

« Fracas »

« Je suis parti entendre la face cachée du monde. J’ai écouté ceux dont la vie a basculé : SDF, détenus, handicapés de la vie, timbrés, illuminés, dérangés » dit Olivier Brunhes qui a écrit et mis en scène Fracas, à la demande du Théâtre du Cristal, qui travaille avec des comédiens issus du monde du handicap mental.
Ils sont dix sur scène, dont une danseuse de la Compagnie de James Thierrée, qui débute en murmurant « Je ne sais pas où me mettre dans ce monde, je ne suis pas chez moi ». Le ton est donné. Il est juste. Pas d’anecdotes ni de récits, pas de pathos larmoyant, mais un tableau des marges de notre monde, de gens différents, des « pas pareils », mais pas si loin pourtant. Il n’y a ni complaisance, ni voyeurisme, ni dureté, ni amertume, mais un désir d’être aimé, comme chez ceux qui sont dans la norme, et la même peur de n’être pas aimés.

La beauté du spectacle tient d’abord au texte d’Olivier Brunhes. Il a écouté ces fracassés par la vie, qui un jour ont basculé de l’autre côté, dans la misère, la violence, l’internement. Il a rapporté des mots, les a réécrits et les a distribués à l’équipe. On passe de l’observation d’une précision confondante à la poésie. On est bousculé par les propos du SDF qui décortique sans complaisance le regard porté sur les miséreux par ceux qui ont une vie normale et qui ne peuvent s’empêcher de détourner le regard pour ne rien partager, pour ne pas risquer d’être entraînés vers le bas.
La mise en scène et les éclairages sont au service de cette parole. Les acteurs ne dialoguent pas. Ils sont face à nous, c’est à nous qu’ils s’adressent et leur souffle enfle quand ils sont émus. Il y a face à nous un chœur et des individus qui ont chacun leur identité. Les corps tombent parfois avec violence ou se libèrent dans la danse et la chanson. La danseuse se glisse, s’insère, se tord, s’approche au plus près avant d’exploser.
Courez voir Fracas, cette vision du monde tel qu’il ne va pas et comme le soir où j’y étais, vous resterez peut-être assis après les applaudissements, sans avoir envie de partir, suspendus entre sourires et larmes.
Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 19h30, le dimanche à 17h
Théâtre de Belleville
94 rue du Faubourg du Temple, 75011 Paris
Réservations : 01 48 06 72 34
Se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours.

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