Amérique Latine

Frontière Guyane-Brésil : l’affichage et la réalité…

Les autorités politiques françaises et brésiliennes aiment à parler des échanges entre le Brésil et la Guyane que relient plus de 300 km de frontière, sur le fleuve Oyapock. Un projet de « cité scolaire internationale » a même été élaboré dans le petit bourg frontalier de Saint-Georges de l’Oyapock, en face de la ville brésilienne d’Oiapoque, pour accueillir élèves et étudiants des deux rives...Mais la pandémie de covid-19 et le confinement sont passés par là…

Aujourd’hui, alors que les deux territoires amazoniens de la Guyane et de l’État de l’Amapà ont été gravement touchés par la pandémie, les écoles rouvrent timidement (rentrée retardée mais effective en Guyane) mais les frontières sont toujours très strictement fermées. Il en résulte une situation intenable pour nombre d’élèves et d’enseignants du fleuve Oyapock, qui a toujours été un espace libre d’échange.

Quelle était la situation avant la pandémie ?

Les insuffisances du système scolaire brésilien et la réputation (pas toujours honorée…) du système scolaire français conduisaient beaucoup de familles de la rive brésilienne à scolariser leurs enfants côté français, ce qui était largement toléré, même si la situation des enfants, au regard des lois sur l’immigration, n’était pas toujours régularisée. En ce qui concernait les enseignants français sur le fleuve Oyapock, principalement concentrés sur Saint-Georges, le choix de résider au Brésil, toléré aussi par le rectorat de Guyane, relevait tout simplement du coût excessif des locations du côté français (lié à la pénurie de logements et à l’étroitesse du marché locatif). Ainsi, de nombreux collègues, surtout parmi les plus jeunes, avaient fait le choix de résider au Brésil, traversant le fleuve chaque jour pour aller travailler. Il existe même à Vila Vitoria, près d’Oiapoque, une maison surnommée « casa de professores » par la population locale car elle est constituée de co-locations d’enseignants français.

Et maintenant ?…

La fermeture totale de la frontière, sans date de réouverture annoncée, oblige les enseignants à trouver au plus vite un logement (cher) sur la rive française, au risque d’un abandon de poste ou d’une lourde sanction en cas de passage clandestin de la frontière : ce que le rectorat de Guyane a toléré pendant de nombreuses années car cela le dispensait de tout accompagnement social des personnels, il fait mine de l’ignorer maintenant et exige la résidence administrative sur le territoire pour tous. Pour les élèves brésiliens scolarisés en Guyane, et qui ont souffert de la fermeture totale des écoles pendant six mois, la situation est très inquiétante : l’enseignement à distance affiché par l’institution n’a évidemment pas été effectif pour des élèves dont les familles n’ont le plus souvent aucun matériel informatique...et parfois pas même d’électricité en continu. A présent que les écoles, côté guyanais, ont rouvert, se rendre à l’école est un parcours du combattant : il faut soit se domicilier faussement en Guyane et passer clandestinement le fleuve chaque jour (au risque de lourdes amendes), soit rester en pension toute la semaine en Guyane, en payant un loyer élevé ou un dédommagement aux familles accueillantes. Il est à parier que le risque de déscolarisation s’accroîtra dans les semaines à venir et que certains élèves se tourneront vers les emplois informels. C’est ce que craint le collectif syndical formé par la FSU Guyane, Sud-Education Guyane et le SINDUFAP brésilien qui a publié très récemment un communiqué de presse intitulé : « Zones frontalières : la place d’un enfant est dans une salle de classe ! ».

Et ailleurs ?

La question du passage des frontières pour élèves et enseignants s’est aussi posée sur le Rhin, particulièrement dans la vile de Strasbourg, qui comporte de nombreux enseignants et élèves domiciliés en Allemagne, dans la petite ville de Kehl (reliée par le tram à Strasbourg en quelques minutes). La frontière allemande est rouverte actuellement, mais lorsqu’elle a fermé, de mars à juin, des solutions ont immédiatement été mises en place, sous forme de dérogations, pour permettre le passage des enseignants et des élèves avec la réouverture des écoles. Deux poids deux mesures ?

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