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Un film de Nicolas Réglat (France)

"G.A.R.I. 1974" Sortie en salles le 15 octobre 2014

Espagne, Mars 1974. Le franquisme exécute sans pitié les opposants. Des centaines de prisonniers politiques sont menacés de mort, plusieurs membres du Mouvement Ibérique de Libération risquent la peine capitale.
Pour leur éviter le garrot, quatre groupes d’activistes se forment à Paris et à Toulouse. Ils décident d’unir leurs forces dans un réseau appelé G.A.R.I. (Groupes d’Action Révolutionnaires Internationalistes).
Ils organisent l’enlèvement de Balthazar Suarez, directeur de la banque de Bilbao à Paris en échange de la libération de leurs camarades du M.I.L. et d’une centaine de prisonniers politiques.
Quarante ans plus tard, Nicolas Réglat qui a suivi de près toute cette période de lutte, puisque son père était impliqué dans le réseau, profitant de la fin du délai de prescription, réalise un film avec la collaboration des anciens des G.A.R.I.

Ce film, bénéficie à la fois de la spontanéité des "acteurs", d’une légèreté narrative qui contraste avec un engagement politique d’une profonde implication.
La détermination de chacun ne fait aucun doute mais cette sorte de naïveté qu’on pouvait attribuer au jeune âge des protagonistes, perdure dans leurs témoignages actuels, alors que plus de quarante années se sont écoulées et que l’organisation a traversé des périodes éprouvantes.
Le ton utilisé par presque chacun des participants ne se démarque jamais d’une sorte de candeur qui fait de cet épisode politique important du milieu des années 70 une histoire presqu’incroyable.

On peut parler d’amateurisme concernant ces jeunes hommes et femmes de l’époque. Le récit de l’enlèvement de Balthazar Suarez dans le parking en est un exemple flagrant. Au moment où les ravisseurs sont postés pour le rapt du patron de la banque de Bilbao à Paris, ils découvrent que celui-ci est flanqué de deux de ses enfants. Face à ce "contretemps", faut-il maintenir l’enlèvement ou remettre à une autre fois ? On improvise et l’acte politique prend un air d’aventure.
Culture-cinéma-GARI
Le récit de Raymond et "Hibou", tous deux interviewés au moment où ils sont occupés à préparer un lapin aux poivrons, confirme à la fois la détermination politique, la profondeur de leur engagement et l’amateurisme naïf qui accompagnait leurs actes. La façon dont ils parlent de l’enlèvement du banquier, de la malle dans laquelle, il fut transporté, de l’endroit sans protection sonore où il fut séquestré, contraste avec les unes des journaux de l’époque.
"Il fallait faire quelque chose qui soit plus médiatique" (Ottavio Alberolla). "J’étais plutôt trouillard, je n’avais pas le culte du martyr. Les grandes idoles qui meurent au peloton d’exécution, c’est joli dans les chansons mais si je peux éviter que ce soit moi…" (Georges).
"On faisait notre allure de petites jeunes filles qui allaient faire des courses. On rentrait par une porte, on sortait par l’autre, on faisait bien attention de ne pas être suivies" (Hibou- Marie-Thérèse). "Une fois, totalement par hasard, on a fait un attentat à Bruxelles devant la Compagnie Ibéria. Le moteur s’est retrouvé sur le balcon du Directeur. Ils en ont fait tout un truc ! On était les rois de la balistique alors que c’était le hasard le plus complet." (Michel Camilleri).

Le témoignage du père de Nicolas Réglat est dans la même tonalité. Cet homme, gravement malade au moment de l’entretien, donne à ses propos, une tonalité de gamin farceur avec un enthousiasme surprenant. Et c’est peut-être bien cette absence de professionnalisme qui leur a permis de conduire leur action jusqu’au bout, d’inclure dans leurs récits, sans dramatisation excessive, les épreuves, les arrestations.
Cette sorte de désinvolture qui marque leurs propos était-elle réelle au moment des faits ou bien, les décennies passées leur ont-elles permis de prendre de la distance par rapport aux événements ?
Chacun des intervenants, en livrant son témoignage, donne à ce film une tonalité légère qui n’enlève rien à la crédibilité des faits.
Une réussite.

Francis Dubois

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