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Un film de Sophie Letourneur (France)

"Gaby Baby Doll" Sortie en salles le 17 décembre 2014.

Gaby est une jeune femme fragile. Elle a peur de se retrouver seule, peur dans le noir, peur de s’engager seule dans un sous-bois ou sur un chemin de campagne.

Les amis qui l’ont accompagnée jusque dans la maison où elle doit se reposer sont partis ; elle se retrouve en tête à tête avec son petit ami. Mais quand celui-ci lui aura également faussé compagnie, elle devra faire face à ses phobies.

La présence des gars du village qu’elle va relancer, un à un, jusque dans le bistrot où ils s’attardent le soir, ne parvient pas à apporter un remède à ses peurs.

C’est alors qu’elle croise Nicolas, gardien de château, sorte d’ermite qui vit dans une baraque à l’entrée du domaine.

Et c’est auprès de cet ours mal léché, cet expert en solitude et en bougonnerie, qu’en désespoir de cause, elle va finalement se tourner pour ne plus se retrouver seule dans le noir.

Mais si l’élan vers Nicolas n’était pas qu’un pis-aller et si, derrière le demi-clochard se cachait un tout autre personnage ?

Cinéma : "Gaby Baby doll"

Mises à part les premières images du film qui renvoient à l’univers de certains des films précédents de Sophie Letourneur (un groupe de citadins sur une route de campagne, une tablée de bavards qui se coupent la parole), la cinéaste opère avec son nouveau film " Gaby Baby Doll ", un virage radical.

Finis les groupes de filles et leurs projets de cuire des coquillettes à Locarno, finis les états d’âmes existentiels de colocataires désœuvrées, les "marins masqués" énigmatiques hantant le retour aux sources de deux vacancières oisives.

Gaby, s’il y avait une parenté possible, ne serait qu’une très lointaine cousine des héroïnes des autres films de Sophie Letourneur.

L’histoire la saisit dans le mal de vivre où elle se trouve, sachant que le remède que lui a recommandé son médecin, aller se ressourcer à la campagne, est loin d’être celui qui convient à quelqu’un qui n’a besoin ni de grand air, ni de paysage bucolique, mais de quelqu’un dont la présence rassurante lui apportera la sérénité qui fait défaut.

" Gaby Baby Doll" n’est pas un film sans maladresse.

La façon dont l’ermite se laisse charmer et amadouer par une fille dont il n’a au départ que faire et dont la présence insistante l’encombre et l’irrite, est à la fois naïve, expéditive et peu vraisemblable.

Les tactiques d’approche que déploie Gaby auprès de Nicolas sont un peu répétitives et cousues de fil blanc.

On pourrait trouver tout ça léger et inconsistant jusqu’au moment où Sophie Letourneur (sans pour autant se départir de la candeur narrative dont elle a fait preuve jusqu’alors) dévoile son jeu et nous livre ce qu’elle gardait secret : un conte de fée.

Et quand notre Cendrillon de ce début de troisième millénaire, pauvre égarée dans ce monde, rencontre son Prince charmant, le charme opère et le film, de façon rétroactive, trouve toutes ses couleurs.

Les paysages bourguignons sont beaux et rafraîchissants. Il n’est pas sûr que Lolita Chammah, toujours à la recherche du rôle qui la révèlera, le trouvera ici. Mais elle est bien et sa gouaille rappelle celle qui fit le charme de Mylène Demongeot, autrefois.

La maladresse du jeu de Benjamin Biolay peut être mise à l’actif de son personnage et on regrette de ne voir pas plus longtemps Félix Moati qui est vraiment très bien.

Un divertissement aussi candide que malin dont on aurait tort de se priver.

Francis Dubois

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