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Un conte de Joann Sfar (France)

"Gainsbourg (vie héroïque)" Sortie en salles le 20 janvier 2010

Même si les épisodes qui constituent le film sont puisés parmi les moments les plus saillants de la vie du célèbre chanteur, en rapport avec ses célèbres rencontres amoureuses et professionnelles, "Gainsbourg, vie héroïque" n’a pas beaucoup à voir avec le biopic attendu, le tracé linéaire qu’on aurait pu craindre. Joann Sfar, qui vient de la bande dessinée, nous en a éloignés en introduisant dans son film, auprès du chanteur, le personnage de « La gueule », sorte de double de l’artiste, ni tout à fait sa bonne, ni tout à fait sa mauvaise conscience. « La gueule » avec son masque, ses grandes oreilles et ses doigts crochus qui accentuent les caractéristiques physiques de Gainsbourg apparente le tracé de sa vie au conte et lui donne une dimension poétique qui ne cessera de soutenir le récit.

La maladresse des premières séquences qui présentent un Gainsbourg enfant débrouillard, revendiquant le port de l’étoile jaune et applaudissant une Fréhel d’occasion dans un bistrot tellement "parisien" n’augure pourtant rien de bon. Il faut pour pratiquer le cliché et faire admettre une reconstitution stylisée, une maîtrise que Joann Sfar et son équipe n’ont pas. Et c’est curieusement, dès le moment où il est sur le point de déconcerter, que le film se met à prendre tournure et que le parti pris de le faire osciller entre le biopic et le conte lui profère une particularité attachante. Et malgré des séquences ratées comme les épisodes retraçant les rencontres du chanteur avec Juliette Gréco ou France Gall, "Gainsbourg" garde le cap. La lumineuse Laetitia Casta en Bardot, et Eric Elmosnino en Gainbourg, sont pour beaucoup dans l’intérêt qu’on se met à porter au film. Il se trouve qu’Eric Elmosnino qui a sans doute hérité du rôle titre pour sa ressemblance avec le chanteur est, heureuse coïncidence, un acteur de théâtre de premier plan et qu’il a su endosser le personnage avec talent mais aussi avec une intelligence et une finesse remarquables. Il a su associer à une démarche mimétique, une distance qui maintient sans cesse dans la vraisemblance et dans une ressemblance à la fois frappante et lointaine.
La séquence Birkin, une des plus longues, est à l’image du film dans sa totalité. Sans doute, le tracé que s’était imposé Sfar pour tenir le cap pendant deux heures dix, nécessitait ici et là, quelques concessions, la mise en place de points de repères réalistes qui allaient aider le spectateur à retrouver ce qu’il avait toujours su des amours du chanteur avec la starlette anglaise. C’est ainsi qu’on passe de l’enchantement à la maladresse, à l’excès, à la caricature avant de revenir à des moments de narration plus personnels et plus maîtrisés.
De tout cela, malgré tout, ressort une œuvre originale, personnelle, parfois trop généreuse en anecdotes, parfois frustrante dans ses retenues ou ses ellipses. Mais qui sait échapper à beaucoup de pièges de la biographie filmée et nous remémore un des artistes les plus importants du siècle dernier, sans violon ni trompette, avec la sorte de poésie cordiale qui convenait…
Francis Dubois

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