Actualité théâtrale

En tournée

« Galilée » Cesare Capitani

Le combat pour une pensée libre

Après avoir consacré un spectacle à Caravage « qui a bouleversé la peinture », Moi, Caravage, Cesare Capitani s’attache à Galilée qui a révolutionné la science et bouleversé la vision de l’univers. S’appuyant sur les Lettres de Galilée, accompagné par le musicien Antonio Catalfamo, il fait revivre Galilée, son combat pour la liberté de penser, sa volonté de séparer foi et savoir, de distinguer le champ de la science de celui de la religion. Si Galilée n’a jamais dit « Et pourtant elle tourne », il a par contre écrit « L’intention des Écritures Saintes est de nous enseigner comment on va au ciel et non comment va le ciel » !
Sur un sol jonché de manuscrits, s’avance un saxophoniste, bientôt suivi par un homme recroquevillé dans un vieux pardessus qui marmonne « eppure si muove ». L’homme se redresse, se débarrasse des oripeaux du vieillard et Cesare Capitani déclare : « Moi, si je devais faire un spectacle sur Galilée, je commencerai par placer le décor » et c’est parti. Il raconte les observations de Galilée, ses découvertes, comment il s’est de plus en plus détaché de la théorie géocentrique d’Aristote pour se rapprocher de la théorie héliocentrique de Copernic et comment, ce faisant, il s’est vu condamner par l’Église. Il montre un homme qui n’a pas souhaité être un héros et finir sur le bûcher comme Giordano Bruno, mais un homme de la Renaissance, diplomate, capable de chercher l’appui des puissants sans jamais renoncer à ses recherches, un homme avec ses ambitions et ses faiblesses.


Cesare Capitani est le narrateur, le grand Inquisiteur, mais aussi Galilée. Il présente sa vie de façon vivante. Avec deux feuilles de papier il illustre la fausseté de la théorie sur la chute des corps qui dominait à son époque, lentille à la main il rappelle comment Galilée, utilisant une découverte hollandaise, a inventé une lunette astronomique dont il a su vanter les mérites au Doge de Venise, s’assurant ainsi sa protection. C’est drôle aussi, lorsqu’il ponctue ses propos de prudents « on ne touche pas à Aristote » ou lorsqu’il rappelle que c’est seulement en 1992, après treize ans d’examen par une Commission pontificale, que le Vatican a réhabilité Galilée ! Pour l’accompagner, l’acteur a choisi un musicien qui s’est inspiré de musiques anciennes pour créer un langage musical moderne, qu’il interprète sur scène. La douceur des sérénades contraste avec la violence de morceaux qui expriment le cri de révolte de Galilée contre ceux qui veulent étouffer la raison, qui condamnent une théorie sans même l’avoir expérimentée ainsi que toute découverte qui contreviendrait aux textes sacrés. Un combat toujours vivant que porte avec talent ce spectacle.

Micheline Rousselet

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