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Un film de Manoel de Oliveira (Portugal – France)

"Gebo et l’ombre" Sortie en salles le 26 septembre 2012

" Gebo et l’ombre" est l’adaptation qu’a faite le réalisateur maintenant plus que centenaire, de la pièce " Gebo e a sombra" écrite en 1923 par Raul Brandao.

S’il a respecté une construction très théâtrale, Manoel de Oliveira a fait une grande, une magnifique œuvre cinématographique, tout à la fois modeste et grandiose.

Un homme est sur le quai d’un port et aussitôt après le générique, lui faisant pendant, une femme de dos attend debout devant une fenêtre.

Elle attend le retour de Gebo, son beau-père, comptable dans une société, car celui-ci devrait ramener des nouvelles de Joao, son époux, parti depuis des lustres.

Joao qui est le fils de Gebo et de Dorothéa reviendra-t-il un jour ? On croit comprendre qu’il ne reviendra jamais et que pour adoucir les vieux jours de Dorothéa affectée par l’absence de son fils, Gebo invente des rencontres avec un mystérieux messager qui lui en donne régulièrement des nouvelles.

Alors que la jeune femme va préparer le café, Gebo s’attable devant son cahier de comptes et, pendant qu’il se perd dans ses additions, qu’il se trompe dans les chiffres, apparaissent deux personnages, des habitués qui viennent, comme chaque soir pour bavarder et boire le café.

On parle du temps, du temps qui passe, des effets du café sur le cœur, de la vieillesse. On devise. On cite un fait divers. On dit qu’on a peur de rentrer chez soi la nuit et on s’étonne de l’importante somme d’argent que contient la mallette que Gebo va mettre à l’abri, dans un buffet fermé à double tour, quand il sera enfin arrivé à bout de ses comptes.

Lorsque Joao apparaît, on se réjouit de son retour même si on y croit à moitié, même si son apparition contre toute attente n’était que l’effet du désir de sa mère et de son épouse de le voir rentrer au bercail.

Mais lorsque Joao qui est devenu un vagabond, un mauvais garçon, s’empare de la mallette et quitte la maison comme un voleur, on est dans la réalité, tout autant que dans l’imaginaire, le fantasme poussé à l’extrême puisque lorsque la police entrera dans la maison, c’est Gebo qui s’accusera du vol.

Ce nouveau film de Manoël de Oliveira est l’occasion pour le cinéaste de porter un regard à la fois acerbe et malicieux sur notre époque, sur l’âge, sur les préoccupations immédiates de ceux qui vivent dans le cercle fermé des habitudes.

Il le fait avec un immense talent, avec une étonnante malice. Mais il a pour cela, choisi de merveilleux complices. Michael Lonsdale est un Gebo superbe à l’humour corrosif, un vieil homme qui a sa réserve de "jeunesse". Jeanne Moreau est étincelante de malice, de précision dans la rouerie et Claudia Cardinale n’a peut-être bien jamais été meilleure comédienne de toute sa carrière. Perpétuellement étonnée et frileuse, elle joue avec une étonnante distance la mère douloureuse et universelle.

Il ne faut pas manquer le film de ce vétéran du cinéma, ne fut-ce que pour cette demi-heure où ces comédiens nous livrent avec bonheur, l’immensité de leur talent.

Un chef-d’œuvre, peut-être. Un régal dans doute…

Francis Dubois

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