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Un film d’Anne Fontaine (France)

"Gemma Bovery" Sortie en salles le 10 septembre 2014.

Martin et sa femme, la petite cinquantaine, ont quitté Paris pour un bourg normand où ils ont repris, depuis six ans, la boulangerie familiale.

Alors qu’ils se sont installés dans une existence paisible, ils voient aménager dans la fermette d’en face, un couple d’anglais, Gemma et Charles Bovery, lui restaurateur d’objets et meubles anciens, elle décoratrice d’intérieur.

La jeune femme rayonnante ne laisse pas Martin indifférent même si très vite, il prend conscience que son pouvoir de séduction n’ira pas jusqu’à l’intéresser.

Lorsque celle-ci devient la maîtresse d’Hervé, fils d’un hobereau occupant du château local, étudiant dilettante, l’histoire qui se déroule sous ses yeux renvoie Martin à sa similitude avec celle d’Emma Bovary.

Dès lors, il fera tout ce qui est en son pouvoir pour détourner Gemma du destin tragique de l’héroïne de Flaubert…

Le film d’Anne Fontaine commence mal, avec des scènes d’introduction qui multiplient les clichés les plus éculés et un Fabrice Lucchini qui débite ses répliques de la façon que n’aurait pas désavouée un instituteur de troisième république pour égrener le texte d’une dictée à des élèves de cours élémentaire.

Au cours de cette première demi-heure, on est en vain à la recherche du talent de réalisatrice d’Anne Fontaine, de celui de scénariste de Pascal Bonitzer et des compositions plus nuancées auxquelles Fabrice Lucchini nous avait habitués dans ses dernières apparitions sur les écrans.

Il faut attendre la liaison de Gemma et d’Hervé pour que le film prenne une tournure plus romanesque et que Fabrice Lucchini abandonne un jeu pontifiant.

Et dès lors que Martin, dans un élan généreux, se fixe comme objectif d’éviter à Gemma Bovery le sort dramatique de son homonyme, que son personnage révèle plus d’humanité et d’émotion, le récit laisse de côté les personnages caricaturaux et adopte un ton de demi comédie plus personnel.

Il semble qu’alors, tout le monde s’y retrouve, la réalisatrice plus à l’aise dans cette tonalité, les comédiens, et le scénariste qui multiplie les trouvailles nouvelles, les petites touches sensibles d’une originalité bienvenue, allant du drame jusqu’à un clin d’œil final très drôle relevant du quiproquo.

On est si séduit par ce que devient le film dans sa deuxième partie qu’on se prend à penser que les défauts de vraisemblance, les maladresses qui s’accumulaient dans la première partie, étaient volontaires, nécessaires pour déboucher sur la note juste, un retour à l’inventivité, des ruptures de ton bienvenues et une construction qui, intervenant à la manière d’un puzzle, éclaire dès lors des moments qui avaient pu paraître obscurs….

Gemma Arterton qu’on avait pu voir notamment dans " Tamara Drewe " de Stéphane Frears prête sa solide et gracieuse silhouette à Gemma Bovary. Elle est belle et son jeu spontané, naturel, est le gros atout du film d’Anne Fontaine. Les comédiens anglais sont parfaits ainsi que les participations d’Elsa Zilberstein, de Pascale Arbillot et de la toujours savoureuse Edith Scob…

On est, au bout du compte, plutôt séduit.

Francis Dubois

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