Actualité théâtrale

Au Théâtre 13, jusqu’au 12 avril

"George Dandin" comédie tragique de Molière. Mise en scène de Mario Gonzales

Mario Gonzales est entré dans la Compagnie d’Ariane Mnouchkine tout de suite après 1968. Il a été de toutes les premières grandes aventures de la troupe du Théâtre du soleil, depuis "Les clowns" jusqu’à "L’âge d’or".
Huit ans plus tard il décide de voler de ses propres ailes. Il fait le comédien au théâtre chez Benno Besson, Jérôme Savary ou Jean-Pierre Vincent et l’acteur dans des films de Franck Cassenti, Joseph Losey ou Coline Serreau.
De ses années passées chez Ariane Mnouchkine, il garde une passion pour la comedia del’arte et pour le travail du masque.
Travailleur acharné, il va bientôt devenir le spécialiste de ces disciplines en France et à l’étranger et ses qualités pédagogiques vont l’amener à enseigner au Conservatoire National d’Art Dramatique de Paris et à diriger des stages un peu partout dans le Monde.
Il se consacre aussi à la mise en scène et monte "La tempête" en 1991 ou "En attendant Godot" en 1994 avant de s’attaquer au répertoire de Molière : Scapin, Dom Juan, Tartuffe.
En 2005 il rejoint la Compagnie "Collectif masque" avec qui, quelques années plus tard, il monte "George Dandin".
Partant du principe que "George Dandin" est une pièce noire (il dit même, une mise à mort en trois actes) il met de côté la farce et axe son travail sur le personnage de Dandin à qui il donne un éclairage pathétique. Et curieusement, le masque et la gestuelle de la Commedia dell’arte qui devraient logiquement aller dans le sens de la farce, renforcent l’émotion et le désarroi de ce mari trompé.
Il en est de même des autres personnages, ceux des beaux parents qui, en dépit de costumes excentriques, colorés jusqu’au ridicule, gardent sous le masque grotesque, une sorte d’authenticité et rendent plus palpable cette fausse morale dont ils se sont fait une règle de vie, un barrage universel, et qui les aveugle.

Photo de Luc Moriot ©

Il en est de même de Claudine et de Lubin, les serviteurs qui, malgré le jeu outré et le masque échappent eux aussi à la farce.
Tout le talent de Mario Gonzales est là. Servi par un décor réduit à une porte, une fenêtre et cette plate-forme circulaire où les personnages tournent en rond saisis par la spirale de leurs obsessions, il réussit le tour de force de ramener à dimension humaine, à une tension tragique, des situations et des vrais personnages dont on avait jusqu’ici, surtout exploité le seul potentiel comique.
On rit beaucoup, on apprécie ce travail rigoureux mais on apprécie en même temps la grande liberté que Mario Gonzales laisse aux personnages.
Ce spectacle est un pur régal.
Francis Dubois

Théâtre 13
103 A Boulevard Blanqui 75 013 Paris – Métro Glacière
Réservations 01 45 88 62 22

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Mélancolie(s) »
    La pièce commence au printemps, au milieu d’une journée magnifique. Le temps est à la fête pour l’anniversaire de Sacha qui est entourée de son mari qu’elle n’aime plus comme avant, d’Olympe sa sœur... Lire la suite (9 décembre)
  • « La fuite ! » Comédie en huit songes de Mikhaïl Boulgakov.
    1920. Les « Russes blancs » sont aux abois. La guerre civile qui a suivi la révolution bolchevique s’est finie en échec. Il ne reste plus à cette population que de fuir et d’aller trouver refuge en... Lire la suite (4 décembre)
  • « Le voyage de D. Cholb »
    En 2013, le comédien, metteur en scène et auteur Bernard Bloch, juif athée de gauche affligé par l’état des relations israélo-palestiniennes, décide de passer quelques jours en Cisjordanie avant d’aller... Lire la suite (3 décembre)
  • « Maîtres anciens »
    On connaît l’art de Thomas Bernhard pour dire sa haine de l’État catholique autrichien et des Autrichiens. Dans son roman Maîtres anciens, qu’adapte et joue seul en scène Nicolas Bouchaud, un... Lire la suite (1er décembre)
  • « Festen »
    Cyril Teste s’est emparé du scénario du film de Thomas Vinterberg, l’a adapté pour le théâtre, sans le trahir en laissant intacte la charge émotionnelle du film. Quand la pièce commence, la salle est... Lire la suite (29 novembre)