Actualité théâtrale

au Théâtre de La Tempête

"Georges Kaplan" Jusqu’au 7 juin

Georges Kaplan ? Souvenez-vous, c’est dans La mort aux trousses d’Alfred Hitchcock. Gary Grant manque perdre la vie parce qu’une bande d’espions le prend pour un certain Georges Kaplan. Ils poursuivent cet inconnu jusqu’au moment où on découvre qu’il n’existe pas, qu’il n’est qu’une fiction, un piège imaginé par la CIA.

La pièce, écrite par Frédéric Sonntag, s’intéresse à la relation entre la fiction et la réalité et aux enjeux politiques des mythes et des récits, qui ont pris tant d’importance dans notre société du spectacle. En trois temps il nous promène de la réunion d’un groupuscule clandestin à celle du cabinet présidentiel, à moins que ce ne soit des Services Secrets, en passant par une réunion de scénaristes travaillant sur le scénario d’une série télévisée. On s’amuse beaucoup dans cette traversée. On croise une tueuse en série qui ne peut se décider à tuer une poule car celle-ci pourrait sauver le monde, on retrouve d’ailleurs cette poule, bien inquiétante en vidéo ! Les discussions byzantines du groupuscule débattant pour savoir si ce qu’ils font est vraiment une réunion, évoquant la qualité du café comme l’intérêt de s’appeler tous Georges Kaplan, sont tout à fait hilarantes et pourtant on y trouve déjà des réflexions sur la démocratie et les enjeux de pouvoir. C’est surtout dans la troisième séquence que ces réflexions seront les plus graves quand les spin-doctors concluront, sans aucun état d’âme, qu’il faut, par le storytelling, créer de l’émotion dans la population pour la détourner de ce qui est important pour les gouvernants ou de ce qui pourrait être gênant pour eux.

D’une séquence à l’autre on retrouve des thèmes, des phrases, des situations qui se répondent. Le groupuscule s’enlise dans les discussions sur l’opportunité de voter ou non, sur la validité des décisions prises, celle qui dirige la réunion des scénaristes écrit les mots-clés sur un tableau blanc, impulse un brain storming et fait bien sentir la réalité de son pouvoir, les conseillers politiques au service du pouvoir sont tout à fait cyniques. Le ton est d’une ironie parfois cruelle, la violence de certaines situations répond à la violence qu’exercent ceux qui manipulent en créant des fictions pour assurer leur pouvoir. La vidéo enrichit la fiction, la prolonge, met en abyme ce que l’on vient de voir d’une façon très intelligente. Les acteurs sont tous très bons, passant du sérieux au burlesque et nous entraînant dans cette comédie du faux. Comme le dit Frédéric Sonntag, qui a aussi mis en scène la pièce et y joue : « Poser la question de la place de la fiction dans le monde contemporain … c’est tenter d’appréhender l’usage politique des récits, la mise en spectacle de la réalité à des fins politiques ». C’est drôle, on s’aventure parfois du côté de l’absurde, du burlesque, mais il y a toujours une réflexion pertinente et l’on en sort ravi.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h
Théâtre de la Tempête
Cartoucherie
Route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 28 36 36
www.la-tempete.fr

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