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Un film de Tony Gatlif (France)

"Geronimo" Sortie en salles le 15 octobre 2014.

Dans une ville du sud de la France, dans la chaleur du mois d’août, Geronimo, une éducatrice toute dévouée à son quartier est là pour tenter d’apaiser les tensions entre les jeunes.

Le climat général est tendu mais il le deviendra d’autant plus le jour où Nil, une adolescente de seize ans d’origine turque, échappe à un mariage forcé pour rejoindre Lucky, le jeune gitan qui l’aime et dont elle est amoureuse.

Sa fuite et le fait que les deux jeunes amants soient devenus introuvables va mettre le feu aux poudres et opposer les deux camps, également redoutables.

L’affrontement éclate en joutes et "battles" musicales alors que, prise dans la tourmente, Geronimo va tout faire, jusqu’à mettre sa vie en danger, pour calmer les esprits.

Cinéma : Geronimo

Pour construire le personnage de Geronimo, Tony Gatlif s’est souvenu d’un éducateur de rue qu’il a côtoyé, avec qui il s’est lié d’amitié, qui est aujourd’hui un vieux monsieur de quatre-vingt-cinq ans et dont l’essentiel de la méthode reposait sur la parole.

Pour que le personnage d’éducateur fasse pendant avec celui de la jeune mariée en fugue, il fallait que ce soit une femme, même s’il lui a attribué un prénom d’homme et pas n’importe lequel, celui d’un chef apache.

"Geronimo" n’en est pas moins un film d’hommes où l’honneur est au centre des préoccupations. Mais c’est aussi un film de femmes puisque les deux héroïnes principales sont une éducatrice toute dévouée à sa fonction et une adolescente qui dit non aux traditions ancestrales tout en sachant très bien mesurer les risques qu’elle prend.

Tony Gatlif a fait de sa Geronimo une femme seule, sans attache connue et libre dans sa solitude. C’est une belle âme, pas forcément charitable, quelqu’un qui a mis sa vie au service des autres.

Tous connaissent Géronimo et sa générosité ; son esprit intègre en a fait un être irréprochable et donc, infiniment respectable.

Le film n’échappe cependant pas à un certain angélisme en dépit de son sujet et de la cruauté qui teinte le récit. Il n’échappe pas non plus à un lyrisme qui parfois, s’intègre à la narration mais qui d’autres fois, frise la démonstration.

Mais le cinéma de Tony Gatlif, depuis bientôt quarante ans, trace son sillon dans des régions marginales de notre société. Il le fait en portant un regard tendre sur des personnages singuliers, souvent démunis lorsqu’ils sont aux prises avec les dérives incontrôlables de notre époque.

Tony Gatlif, en dépit de son désir de restituer sans maquillage une société malade d’elle-même, garde avec les sujets qu’il traite la distance du poète.

Chez lui les joutes engagées entre les hommes prennent parfois l’allure d’une chorégraphie et les décors les plus sordides se teintent d’une dimension poétique.

Céline Sallette qui joue Géronimo déploie une magnifique énergie. Sa démarche à grandes enjambées pour aller d’une souffrance à l’autre pourrait bien rester dans les mémoires. Mais les autres interprètes, le plus souvent des non-professionnels, ne sont pas en reste et chacun apporte sa pierre à l’édifice général, un film qui ne peut que séduire.

Francis Dubois

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