Actualité théâtrale

Jusqu’au 13 décembre au Monfort

« Gertrud »

Après Woyzeck qu’il avait adapté et mis en scène en 2013, Jean-Pierre Baro adapte et met en scène la pièce du Suédois Söderberg écrite en 1906 et dont Carl Dreyer avait tiré un très beau film. Gertrud est une cantatrice. Son chemin croise celui de trois hommes. L’un Gustav, avec qui elle est mariée, est un avocat sur le point d’être nommé Ministre. L’autre, Gabriel, est un écrivain avec qui elle a vécu autrefois et qu’elle a quitté. Le troisième Erland Jansson, est un compositeur dont elle est amoureuse et pour lequel elle est décidée à quitter son mari.

C’est donc une pièce où il est question d’art, d’ambition, de réussite sociale, d’amour. Gertrud a mis en veilleuse sa carrière. Elle rêve d’un amour absolu, celui qui épanouira son cœur et son corps. Les hommes eux, sont tiraillés entre l’amour et leur ambition. L’avocat et l’écrivain ont besoin de l’amour de Gertrud mais à un moment ou à un autre ils donnent la priorité à leur réussite sociale. Quant au compositeur c’est avant tout le corps de Gertrud qu’il désire. Tous se retrouvent dans la solitude à la fin de la pièce. Gertrud s’en va, abandonnant le monde de ces hommes qui n’ont pas su lui donner l’amour absolu dont elle rêvait.

Théâtre : "Gertrud"

La mise en scène de Jean-Pierre Baro sort la pièce de son époque faisant ressortir ce qu’elle a d’intemporel. Ce conflit entre le rêve d’un amour idéal et le désir de réussite sociale, que ce soit dans l’art ou la politique, traverse les époques. Et aujourd’hui encore le conflit se résoud de façon différente pour les hommes et les femmes. Jean-Pierre Baro a donc choisi d’habiller de façon moderne les héros de la pièce, jean ou robe moulante pour Gertrud, costumes actuels pour les hommes. Leur façon de se comporter est aussi sortie du carcan guindé de l’époque où a été écrite la pièce. Erland Jansson exprime de façon crue son désir physique pour Gertrud. Celle-ci est cantatrice, on entendra donc plusieurs fois de l’opéra, qui grâce à un très beau son, donne à la pièce une grandeur tragique. Quand le rideau se lève, Gertrud en longue robe noire chante, mais c’est la voix de la Callas que l’on entend et que le rire strident de Gertrud interrompt, comme si elle nous criait dès le début que ce n’est pas à la recherche de la gloire qu’elle veut dédier sa vie. Enfin pour ces hommes qui cherchent la reconnaissance sociale et pour cette femme qui ne veut pas se résigner à vieillir, le miroir joue un grand rôle. C’est un miroir que Gabriel avait offert à Gertrud et que celle-ci a mis dans le bureau de son mari. Ce miroir là, on nous en parle mais on ne le verra pas. C’est tout le mur de fond de scène qui va devenir miroir, à mesure qu’avec l’avancement du drame on le débarrasse de la craie qui le recouvrait. Les personnages sont désormais exposés, plus aucun aspect d’eux ne nous est caché.

Cécile Coustillac est une Gertrud complexe, qui passe de la réserve à l’exaltation et garde une part de mystère. Tonin Palazzotto est un Gustav Kanning, à l’amour distrait, sûr de lui et de sa position sociale, qui ne voit pas venir le départ de Gertrud. Jacques Allaire incarne un Gabriel Lidman, qui voit la vieillesse arriver et regrette d’avoir perdu Gertrud. Elios Noël a la veulerie et la lâcheté du compositeur qui ne pense qu’au corps de Gertrud et raconte partout ses exploits. Tous sont très justes.

Micheline Rousselet

Du lundi au samedi à 20h30

Le Monfort

Parc Georges Brassens, 106 rue Brancion

75015 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 56 08 33 88

www.lemonfort.fr

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