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Un film de Rebecca Zlotowski (France)

"Grand Central" Sortie en salles le 28 août 2013

Contraint, par défaut de spécialisation, d’aller de petit boulot en petit boulot, Gary se retrouve embauché dans une centrale nucléaire.

Pour ceux qui travaillent au plus près des réacteurs, le danger de radioactivité est constant.

Mais c’est plutôt bien payé et surtout, il règne à l’intérieur de l’équipe "des employés à gros risques" un esprit d’entraide et cette camaraderie où Gary trouve le semblant d’une famille qu’il n’a peut-être jamais eue.

Mais l’équipe, c’est aussi Karole, la femme de Toni.

L’amour interdit et les radiations contaminent doucement Gary pour qui chaque jour devient une nouvelle menace.

On ne pourra pas reprocher à la jeune réalisatrice Rebecca Zlotowski de traiter à chaque film le même sujet.

Dans " Belle Épine" sa précédente réalisation, Prudence Friedman, dix-sept ans, découvrait avec fascination le circuit sauvage de Rungis où tournent de grosses cylindrées et des petites motos trafiquées. Elle tentait de trouver sa place auprès de cette faune singulière.

Ici, elle aborde avec audace et efficacité un sujet inattendu. Elle y traite à la fois la difficulté pour les jeunes sans formation à trouver de l’embauche et l’âpreté au gain qui pousse certains d’entre eux, comme Gary, Gilles, Toni ou Tcherno à accepter aveuglément des travaux à hauts risques.

Inconscience du danger, indifférence face à une vie qui ne vaut plus grand-chose, solitude, chômage sont les raisons qui ont amené ces hommes jeunes ou moins jeunes à tenter une sorte de quitte ou double.

La partie documentaire du film de Rebecca Zlotowski qui met le spectateur face à cette réalité n’est pas la moins intéressante. Elle y traite, à travers le détail du quotidien, avec précision, la "descente aux enfers", la peur à tout instant d’entendre se déclencher le testeur de radioactivité que chacun est censé porter sur lui, pour établir le degré de risque de contamination.

Mais pour Gary, la peur de l’irradiation est moins forte que celle de devoir abandonner un travail rémunérateur par la force des choses.

Si cette partie du film est dans l’enfermement, dans l’oppression, s’il y pèse tout son poids de danger, la cinéaste a eu la bonne idée de travailler sur un contraste radical avec l’histoire d’amour qui se tisse entre Gary et Karole.

On prend ainsi conscience qu’à proximité de cet "enfer" la nature est bien présente et qu’aucune herbe n’y manque, aucune fleur des champs, aucun buisson pour accueillir les amours interdites.

La grande lumière, le plaisir des moments d’amour retrouvent ici leur valeur universelle. Et même si là aussi, le danger pèse, on y trouve une grande goulée d’air frais.

Avec deux films à son actif, Rebecca Zlotowski est d’ores et déjà dans la cour des grands. Elle maîtrise ici parfaitement un sujet casse-gueule s’il en est. Elle est servie par une pléiade de comédiens remarquables : Tahar Rahim et Léa Seydoux dans les premiers rôles mais aussi Olivier Gourmet, Denis Ménochet ou Johan Libéreau qui s’acquittent avec maestria de leur partition.

Francis Dubois

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