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Grève générale de la fonction publique au Tchad : les grévistes font face à une répression sans précédent

Depuis le 29 janvier, tout le secteur public est en grève au Tchad, à l’appel de différents syndicats de la Fonction publique. Le SET, syndicat des enseignants du Tchad, notre partenaire de coopération, participe largement au mouvement. A l’origine du conflit social, la baisse brutale des revenus des fonctionnaires, amputés depuis janvier d’un impôt qui conduit à une baisse affective de 10 à 30 %, et auparavant déjà touchés par une baisse de 50 % de leurs indemnités et primes. Depuis 2016, la plupart des fonctionnaires ont connu une baisse de moitié de leurs revenus alors que pendant ce temps les prix du transport et de l’alimentation augmentaient considérablement. Cette politique ouvertement hostile à la fonction publique est le fait du gouvernement d’Albert Pahimi Padacké, sous le contrôle du président Idriss Déby, au pouvoir à N’Djaména depuis plus de 28 ans.

La répression contre les grévistes ( fonctionnaires et lycéens) est brutale, elle a probablement déjà entraîné la mort de deux jeunes manifestants, une cinquantaine de blessés et l’arrestation de plus de 600 personnes qui manifestaient pacifiquement. Le 16 janvier, une soixantaine d’étudiants arrêtés lors des manifestation ont été condamnés à des peines de prison. Face à la violence du gouvernement, de nombreuses voix de la société civile se sont élevées et le ministre de la culture, le cinéaste Mahamat Saleh Haroun (auteur du récent Une saison en France), a récemment démissionné, montrant ainsi son désaccord. Le président Déby a accepté tous les ultimatums des bailleurs de fonds internationaux, parmi lesquels figure la réduction drastique des dépenses publiques, à l’heure où la baisse des prix du pétrole affaiblit durablement l’économie du pays et diminue les revenus de l’État. Mais la mauvaise gestion ancienne des revenus du pétrole est aussi en cause. Le président Déby n’en reste pas moins considéré par les occidentaux comme leur meilleur allié dans la région, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme dans le Sahel. Le gouvernement utilise le prétexte de la menace terroriste pour faire interdire toute manifestation et suspendre les activités d’une dizaine de partis d’opposition.

Le SNES-FSU apporte tout son soutien aux militants du Set en grève illimitée depuis deux semaines. Jamais l’affaiblissement et l’appauvrissement de la fonction publique n’ont permis le développement économique.

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